C’est en 2022 que Sylvain Demercastel et Dirk Verbeuren fondent une ONG qui leur ressemble. A mi-chemin entre Association, Banière et Collectif, ce Mouvement se veut écolo et activiste, rassembleur et élévateur de conscience. Le tout avec un soupçon de bonne musique, comme vous vous en doutez. C’est ce joyeux mélange qui m’a poussé à m’y intresser. Et pour en parler, qui de mieux que le co-créateur Sylvain Demercastel, accompagné de l’indispesable Caroline (merci à elle).
Bonjour Sylvain. Peux-tu te présenter tout d’abord, puis nous raconter la genèse du projet Savage Lands?
Je suis Musicien et impliqué dans le combat environnemental depuis la fin des années 80. Sous différentes formes: en milieu associatif, dans les textes, dans la musique. On a monté un certain nombre de projets.
Je suis également expatrié au Costa Rica depuis une vingtaine d’années (en tout cas, sur une partie de l’année). J’y ai fait des opérations, notamment de reforestation, avec des associations locales.
Ce qui a déclenché la création de l’ONG, c’est la situation post-covid. Il y a eu un boom d’investissements immobiliers, pas forcément très sains, au Costa Rica. Il y a eu un phénomène de déforestation galopante et une perte des repères. Ça n’aurait pas dû arriver dans un pays comme le Costa Rica, puisque c’est un pays qui est normalement réputé pour la préservation de son environnement.
Du coup, ça a été l’occasion de recontacter Dirk, qui était batteur dans le groupe avec lequel je jouais dans les années 90 [ndlr: ARTSONIC, avec leur propre label WET MUSIC]. Il est aujourd’hui batteur dans MEGADETH. Quand je lui ai proposé cette idée, il m’a dit tout de suite que c’était exactement ce dont il avait besoin. Il est aussi engagé, sur la cause animale, par exemple.
Et il trouvait que c’était bien d’avoir notre propre organisation pour ne pas se limiter à la dénonciation, mais devenir actif et proposer aux gens de nous rejoindre dans quelque chose d’opérationnel.
Fédérer pour mutualiser les forces autour d’un objectif commun?
Oui! Et puis, j’aime bien utiliser ce terme de Légitimité. Sur le plan environnemental, je pense qu’on peut toujours trouver plus légitime que soi-même. Mais ce n’est pas un domaine dans lequel je suis arrivé par hasard, puisque j’y suis depuis la fin des années 80.
Il y a donc des thèmes qu’on commence à maîtriser un petit peu et des actions qui ont été réalisées sur la longueur.
Et puis, sur la musique, avec Dirk, on est quand même assez légitime. En plus, on a joué ensemble. C’est donc une histoire qui a du sens. Ça nous paraît important quand on s’adresse à des gens qui se reconnaissent dans les valeurs qu’on porte, dans les pratiques qu’on a.
Donc, évidemment, s’adresser au public Métal, avec en plus des artistes connus dans la boucle, ça nous permet d’avoir plus d’audience, plus d’impact. C’est un lien évident.
Pourquoi sous forme d’ONG? C’est purement administratif ?
En fait, c’est un terme générique. C’est la même chose qu’une association.
Simplement, on a démarré aux Etats-Unis avec Dirk. Donc, on est sous le régime du 501(c)(3). C’est un cadre dans lequel tu as le droit de faire certaines choses, tout en étant surveillé, tant que tu opéres dans le domaine propre à ton ONG.
Ensuite on a monté la structure européenne en France, qui est une association loi 1901.
Mais c’est pareil en fait, les ONG ce sont des associations avec un domaine d’action, une charte.
On est contrôlés, par exemple en France, par un commissaire aux comptes. On ne peut as faire n’importe quoi. On ne peut pas faire d’activités lucratives. Aux états-unis, on a le droit d’agir sur deux domaines, qui sont le financement d’opérations de reforestation (on peut engager d’autres ONG pour faire des opérations techniques de plantations). Et le deuxième axe est la création de sanctuaires. C’est à dire: soit de l’achat de terrain, soit de l’achat de servitudes écologiques, soit se coordonner avec d’autres personnes ou d’autres organisations pour acheter des terres… et les rendre intouchables pour créer des sanctuaires de biodiversité.
Justement, comment sont utilisés les sommes récoltées, les dons, les participations actives (une écoute = un don, sur votre site), les partenariats, la production de musique en elle-même. Cela servirait donc directement à l’achat de terrains?
Oui, bien sûr. Evidemment, tu as aussi un tas de choses qu’il faut payer. Il faut payer un comptable, un avocat… Malheureusement, on ne peut pas mettre directement un euro dans la Forêt.
Ce n’est pas valable un système comme ça. Il faut bien que que des gens puissent professionnaliser leur intervention. Il y a une une économie autour de tout ça. Mais évidemment, tous les projets qu’on mène ont cette finalité.
Même quand on fait de la musique… comme tu disais, on est la première ONG à être signée par un label. Attention, ce n’est pas un groupe qui est signé.
La plupart du temps, le schéma, ce sont des groupes qui jouent, qui font leur business, et qui reversent éventuellement une partie à des associations ou à des ONG. Nous, en fait, l’ONG c’est le Groupe, c’est le projet musical. Donc tous les flux financiers de la musique vont directement alimenter l’ONG, sans intermédiaire.
Venons-en à ce groupe. Ou plutôt, ce collectif de plusieurs membres de groupes différents. Vous avez sorti 2 singles. Un album est prévu. Y aura-t-il une tournée? Comment se projette le groupe?
Il y a un album qui sort le 15 février 2025. Y a pas mal de featurings dessus. Le groupe est composé d’un noyau dur, qu’on va appeler les membres permanents. Il s’agit de Poon et Etienne de BLACK BOMB A, Flo de LOCO MUERTE. Et Dirk et moi qui coordonnons un petit peu toute la partie création musicale. Et puis ensuite, il y a des gens qui interviennent ponctuellement ou de façon plus durable.
Une tournée? Non. Mais il y aura des prestations Live. On n’est pas un vrai groupe. C’est-à-dire qu’on n’est pas là pour faire la promo d’un groupe… On est là pour faire la promo d’une ONG.
Quand on joue, c’est qu’il y a quelque chose qui se passe pour l’ONG. C’est qu’il a une donation, il y a une raison.
Le groupe, c’est un outil. Plutôt que de faire une conférence ou une réunion, on utilise la musique comme vecteur émotionnel, et les salles ou fetstivals comme lieux de rencontres. Quand vous voyez un concert de Savage Lands, vous n’êtes même pas obligés d’être fan de la musique. En fait, quand vous voyez qu’on est sur scène, c’est forcément qu’il se passe quelque chose pour l’ONG. C’est un mouvement que vous soutenez par votre présence.
Si un festival nous programme, il s’engage sur un partenariat avec nous. Ça a été le cas pour le Hellfest. C’est le cas pour tous les festivals. Là on va jouer au festival de TAGADA JONES [ndlr: Festival ON N’A PLUS 20 ANS, du 18 au 20 avril 2025 à Fontenay-Le-Comte]. On joue également à Maastricht pour le SOUTH OF HEAVEN (les 7 et 8 mai 2025). Ce sont deux festivals qui se sont engagés à verser une donation pour l’ONG et à inscrire le partenariat dans la durée.
Si vous voyez Savage Lands sur scène, c’est qu’il va y avoir des résultats concrets derrière.
Peut être y aura-t-il un jour un festival SAVAGE LANDS qui réunirait tous les groupes qui adhèrent aux mouvement? Ce serait plusieurs concerts sous la même banière…
OK, Vas-y! Je te prête la marque [rires].
Ce n’est qu’une question de rencontres et de partenaires… Ce n’est clairement pas notre métier de faire ça, mais demain, si quelqu’un nous propose l’idée, se charge de toute la partie qu’on ne sait pas faire… why not?
C’est marrant que tu parles de ça parce que mon idée, c’est qu’à terme, Savage Lands ça puisse être (sans personnification car il pourrait y avoir un concert Savage Lands sans que je sois présent!): un Savage Lands qui se joue sur le territoire américain, un autre sur le territoire européen. En plus, ça nous évitera d’avoir à nous déplacer et de brûler du CO2.
On sait très bien qu’il y a des gens qui vont nous le faire remarquer si on se déplace en avion. Tout ça, c’est un peu une utopie, mais pourquoi pas?
Il y a 2 ans, on ne pensait déjà pas faire ce qu’on a fait là… « The sky is the limit » comme on dit.
Y a-t-il des actions ou évènements prévus en 2025?
On est en train de mettre en place des protocoles pour agir sur le territoire français et européens.
On a déjà signé une collaboration avec Jane Goodall. Pour certains, son nom n’évoque rien. Mais dans le milieu environnemental, c’est un peu comme Lemmy [ndlr: Kilmister, dois-je vraiment l’indiquer?] dans le Metal.
Personne ne peut dire du mal de JANE GOODALL Et quand tu as la bénédiction de cette personne, c’est que, théoriquement, tu ne fais pas trop de la merde. Tu es alors identifié comme quelqu’un qui fait le job. Donc, pour nous, c’est important car ça nous permet aussi de rassurer des gens. On ne parle pas qu’aux métalleux. Quand on se pointe avec nos cheveux longs et notre musique un peu bruyante, il y a des gens qui disent « oulà, qu’est-ce que c’est que ça? ».
Avoir Jane Goodall à côté, ça les rasure. Ça permet à ces gens de s’intéresser au projet.
On va aussi créer un tissu de relations avec d’autres assos opérationnelles en France. Un peu comme ce qu’on fait au Costa Rica avec l’ALIANZA VERDE. On a signé un manifeste avec d’autres ONG et aussi avec des lieux privés qui ont envie de préserver leur terrain et leur potentielle biodiversité. On va reproduire ça en France pour planter, pour acheter des terres, créer des lieux de préservation de la biodiversité. On a passé les six derniers mois à nouer des relations avec différents partenaires potentiels sur le terrain.
CONCLUSION
Merci Sylvain, on se retrouvera sur les festivals…
Pour plus d’informations sur Savage Lands, ses missions, sa musique, ses valeurs… pour faire un don… c’est ici: savagelands.org.
Petit scoop de votre rédacteur: Un rendez-vous est donné pour une collaboration de l’ONG avec un ou des festivals locaux en 2026. A suivre (dans tous les sens du terme)…https://savagelands.org/fr/donations-fr/



