Malgré les expectatives météorologique et sociétale incertaines qui ombrageaient le sol bourlonnais, l’organisation et l’équipe du Rock In Bourlon n’a fléchi aucun genou pour nous offrir une de ses meilleures éditions, si ce n’est la meilleure.
Avant d’attaquer la revue d’une partie des concerts, je vais un peu m’attarder sur l’ambiance générale et la vie sur site (et camping) qui font partie intégrante de l’expérience d’un festival.
BOUE RELOU A BOURLON
Difficile de parler des festivals open air de cette année sans parler d’intempéries : des événements annulés tel que le DIAPAZELE festival, ou des plans de logement d’urgence comme au GRASPOP festival, nous rappelle à quel point la Nature est la Reine du Game, et c’est pourquoi nous devons plus que jamais la respecter. Je n’ai pas pris de photos du site ou du camping pour illustrer mon propos, car d’une part je n’y ai pas pensé, et de deux ce n’est pas sur cet aspect du sujet que je souhaite m’étaler (on est loin des conditions d’un Hellfest 2007, d’un Reading 2011 ou même d’un Motocultor 2019, je vous assure).
Ce qu’il faut retenir, c’est que l’organisation et le staff se sont démenés avec les acteurs locaux pour permettre de garantir des conditions d’accès idéales au site ainsi qu’au camping. Les tracteurs amenaient les ballots de paille, tandis que les bénévoles et certains festivaliers œuvraient à les déployer, dans une convivialité devenue symbolique du festival (bravo aux compétiteurs de pétanque sur paille au passage).
COMFY CAMPING
Considérant que cette année était la première année à annoncer un camping complet (et ne sachant pas si les intempéries aient pu refroidir les plus frileux d’entre nous), les conditions de vie au camping étaient idéales. L’évolution des structures et le constant entretien / ravitaillement des consommables des toilettes sèches, des urinoirs, des douches et des lavabos équipés de savons ont fait de cette édition l’une des expériences camping de festival les plus confortables. Cette attention était d’autant plus appréciable qu’elle compensait la gêne occasionnée par les frustrantes pluies éparses.
SECURITE AVANT TOUT
Une fois n’est pas coutume, toute la structure sécurité a fait un travail fantastique, que ça soit aux abords des scènes comme aux quatre coins du site élargi. Une synergie alliant professionnalisme et convivialité démontrant bien le savoir-faire de toute l’organisation du festival. Bravo à eux.
A BOIRE ET A MANGER
Cette année encore, les possibilités de restaurations se sont améliorées, avec l’ajout d’un stand snack au camping au choix très varié (le croque pesto mozza était particulièrement plaisant), et le festival, bien que victime de son succès, a su rebondir face aux demandes des festivaliers impliquant des ruptures de stock mineures. Il y a avait vraiment de quoi se régaler tout au long du weekend.
LA PROGRAMMATION 2024
Je ne vais pas revenir sur tous les groupes présents au Rock In Bourlon, dans la mesure où je ne les ai pas tous vu, des circonstances indépendantes du festival ont fait que j’ai n’ai pas pu tout voir, mais je vais vous faire un retour thématique de ce que j’ai vu, et aussi d’un retour qu’on a pu me faire lors des innombrables belles rencontres et retrouvailles que j’ai pu faire sur site.



POST IN BOURLON
groupes concernés : DOOL, SPOTLIGHTS, ARABROT, QUEEN(ARES), HEALTHYLIVING, MAUD THE MOTH, CARRIE GOSS, DEULE, MR THIBAULT
Parmi ces prestations, l’une des plus saisissantes restera QUEEN (ARES), qui ont délivré un spectacle idéal de bout en bout. De la puissance, de la maitrise, absolument rien ne manquait à ce quatuor qui continue son bonhomme de chemin de la meilleure façon possible.
L’effet de surprise revient à MR THIBAULT, qui allie curieusement paroles fluettes avec une musicalité jazzy et technique, un concept très intéressant.
Un des instants-émotion du festival revient aisément à DOOL, qui en plus d’avoir effectué un set très plaisant, nous a gratifié d’une reprise low tempo de la chanson « Love Like Blood » de KILLING JOKE, sans nul doute pour rendre hommage au guitariste iconique du groupe, Geordie WALKER, qui nous a quitté il y a quelques mois. Je ne peux rester indifférent à cette démarche, puisque j’ai moi-même publié récemment une composition en hommage à ce grand monsieur, elle s’appelle symboliquement « The Walker« .
BOURLON IS NOISE
groupes concernés : OXBOW, KRZTA, CHIAROSCURO, CISNIENIE, JOUR J MENTAL, NI, PRINCESS THAILAND, CHAOS ET SEXUAL, MODERN MEN
La grosse claque revient à CISNIENIE. Une formation surréaliste incluant un violoniste, un synthébass / pianiste, un bassiste, un batteur et ce que je pense être une saxophoniste ténor (corrigez moi si vous avez l’info).
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CISNIENIE développe une ambiance incroyable, non sans me rappeler l’univers de ma bien chère série TWIN PEAKS, mais également des monuments du post rock et du neo classique, tels que MOGWAI ou OLAFUR ARNALDS. A découvrir absolument.
HIGH ON BOURLON
groupes concernés : 1000MODS, SLOMOSA, KANAAN, LADEULAS
1000 MODS a été vu par certains comme le banger du dimanche, ma foi pourquoi pas. Une prestation musclée d’un groupe qui sait ce qu’il fait et où il va.
Mais en mon humble sens, la grosse claque du style revient à LADEULAS, qui est l’enfant prodigue de deux formations : DEULE et LASSOLAS. Après une résidence et une poignée de concerts, LADEULAS nous a offert un moment de recueil cathartique saisissant, où l’on redécouvre Elya (DEATH BY FOG, YONIK, BRUTAL BEATNIK, MORVEUX, SUNWELL) maitriser chant, guitare électrique et synthés avec frénésie aux côtés de l’orchestre siamois à batteries et instruments à cordes dédoublés, mené par les baguettes de Pierre. Un projet initialement éphèmere qui n’a manifestement pas vertu à le rester, et c’est tant mieux. à suivre de très près.
BOURLON AT WAR
groupes concernés : WORMROT, FALSE, WORST DOUBT, JIVEBOMB, JAD, JODIE FASTER, CALCINE, SANGUISUGABOGG
Il s’agit de la catégorie du festival que j’ai le moins vu, je m’en réfère donc à votre retour d’expérience en commentaire pour m’épauler, mais ce que je peux dire, c’est que j’ai encore du mal à me remettre de WORMROT.
J’ai toujours des aprioris quand j’entends beaucoup parler d’un groupe (surtout en bien) avant de le voir, tant certains artistes ont su, en mon sens, davantage marquer les esprits par la forme plutôt que par le fond. Et bien ce n’est pas le cas de WORMROT, mais alors pas-du-tout.
https://www.facebook.com/rockinbourlon/videos/487872673606130
WORMROT est un groupe de grindcore à fortes tendances (et influences) crust punk et qui flirte aussi avec le black metal. C’est juste génial, il n’y a pas d’autre mot. Je sais qu’ils ont joué au black lab récemment, quelle ne fut pas mon erreur de rater cette occasion, mais qu’importe : la prochaine sera la bonne.
BOURLON OCCULTE
ZEAL AND ARDOR, FLUISTERAARS, WITCHING, VALBORV, IFFERNET, HULDER, MORNE, YEAR OF NO LIGHT
ZEAL AND ARDOR était le groupe « vitrine » du festival, ce qui a expliqué la très forte affluence à cette période du festival (et aussi aux ruptures de stock de fûts et de nourritures ça et là, très vite renfloué par les équipes organisées et réactives). Et ce qui me touche le plus là dedans, c’est que bien que pouvant considérer ZEAL AND ARDOR en décalage avec le reste de la programmation en matière de « standing », cela reste un choix très cohérent, et qui sert de passerelle aux festivaliers moins averti, qui de ce fait ont pu s’intéresser à d’autres groupes du weekend, ce que je trouve brillant culturellement parlant. Il en va sans dire que la prestation de Z&A était irréprochable, et qu’il dénote de la qualité et du potentiel du festival montant.
La découverte du style reste pour moi FLUISTERAARS, qui nous ont offert leur première représentation sur le sol français. Un black metal old school, mais mûri, dosé, et qui emprunte des traits de rock progressif, du moins dans l’approche. Le chanteur apporte des illustrations vocales surprenantes, entre ses différents types de cris et chants, toujours habilement disposés sur l’instrumentation, et ponctués de démonstration au cor de chasse qui donne un aspect très singulier.
Et bien sûr, mais je ne suis pas objectif, le clou du spectacle, la touche finale à cette sublime œuvre du weekend : YEAR OF NO LIGHT. L’orchestre infrabasse supersonique bordelais nous revient plus saisissant que jamais, pour un instant introspectif de grande envergure. Le spectacle est marqué par l’absence de Shiran Kaïdine (également membre de MONARCH) pour cause de problème de santé. Nous en profitons pour lui souhaiter beaucoup de courage et un prompt rétablissement dans cette épreuve.
L’interim du soir (Stéphane si je ne m’abuse, merci de me corriger si besoin) a fait honneur et c’est peu de le dire, ce qui a rendu l’éxpérience encore plus intense et intimiste. Quoi de mieux pour clôturer un si beau weekend?
CONCLUSION
Je cotoie le Rock In Bourlon depuis 2019, qui en était visiblement à sa 8ème édition, je ne suis donc pas le mieux placé pour juger de l’évolution de ce festival, mais, en ayant vécu 10 hellfest entre 2007 et 2021, 5 motocultor, et pléthore d’autres manifestations de toutes envergures lors de ces 15 dernières années, je peux aisément dire que Rock In Bourlon 2024 est l’un de ceux dans lequel je me suis le mieux senti depuis longtemps. Il restera indéniablement dans mon top 10, voire mon top 5.
Rock In Bourlon n’a pas de thème musical fermé, et il est fascinant de pouvoir vivre cet ascenseur émotionnel musical. On commence souvent en pente douce avec des groupes plutôt progressifs et aux ambiances soutenues, pour préparer un océan de « bruit » (noise music) et de violence (grindcore / blackmetal), pour enfin attérir en planeur le dimanche en famille avec du stoner, du psyché et du smooth. C’est l’intelligence-même du festival pour moi.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous n’avons pas affaire à un festival d’amateurs, loin de là. L’essence de ce festival, l’aura qui illumine ce lieu en fait un endroit véritablement unique. Et je tiens à nouveau à féliciter toutes les personnes ayant participé à cette aventure idyllique, bénévoles, sécurité, staff, familles, proches, et bien sûr les organisatrices et organisateurs. Merci.
N’hésitez pas à laisser des commentaires pour donner votre ressenti du festival et des groupes, mais également à partager tant que vous le pouvez cet article afin de rendre l’expérience encore plus enrichissante.
Paix
Ben



