Après avoir enflammé et ensanglanté la scène de la ‘Grange à Dîmes’ d’Écouen au cours de la première journée du ‘Winter Rising Festival’ organisé par Horns Of Desolation, j’ai pu avoir le plaisir de m’entretenir avec les membres de SAVAGE ANNIHILATION : les deux frangins Mike et Dave, aux fûts pour le premier, à la guitare ainsi qu’au chant pour le second, et Alexis, le bassiste du groupe.
PREFACE
C’est pour moi un honneur et un plaisir de pouvoir lire SAVAGE ANNIHILATION parmi les artistes couverts par le journal. Je les suis depuis longtemps, et je dirais même qu’ils sont en partie responsables sans le savoir de la direction actuelle du journal : lors d’une virée orléanaise j’ai eu la chance de voir le concert de WITCHES / SAVAGE ANNIHILATION / INFAMIE au Dropkick d’Orléans, et outre les performances incroyables de tous ces superbes groupes, j’ai apprécié le sérieux et le professionnalisme des organisateurs, qui démontraient une scène locale solide, répondant au nom GATINAICTICUT, et qui a contribué à me convaincre d’emprunter cette direction, qui aura amené à la création du journal quelques semaines plus tard. Et en plus de ça, ces mecs sont adorables. Bonne lecture
ben.mindgrief, redac chef
INTRODUCTION

Leur prestation était à la hauteur de la technicité qui traverse leurs albums. Les sons de cloches de l’introduction ont rapidement laissé place à un déferlement de blasts, de roulements, des rafales de riffs puissants suivis de près par un jeu de basse aux doigts survitaminé et des beaux gros soli, exécutés avec une précision massacrante, délicatement parsemés un peu partout dans les morceaux…
Ils ne sont pas venus du Gatinaicticut pour enfiler des perles et on ne peut déplorer qu’un seul bémol concernant ce live, on n’entendait pas assez la voix rocailleuse de Dave, ce qui a d’ailleurs été le cas pour la plupart des groupes de la première moitié de cette journée.
Ce n’est cependant pas pour ça que l’on va bouder notre plaisir de voir le trio nous déverser le Death Metal brutal et malfaisant qu’il polit depuis le début des années 2000.
J’avais soigneusement préparé cette entrevue ce qui a donné lieu à une discussion d’une bonne demi-heure, c’est un vrai privilège de pouvoir échanger de la sorte au cours d’un évènement et aussi longtemps.
Comme toujours, je voudrais donc au préalable remercier les membres du groupe pour leur disponibilité, leur bienveillance ainsi que leur intérêt et le soin apporté à leurs réponses. Désolé pour ma frénésie les gars, vous êtes supers. Trêve de discussion, parlons annihilation.
SAVAGE ANNIHILATION existe depuis plus de vingt ans, comment est né le projet et comment expliquez vous cette longévité exemplaire ?

Dave : La longévité, je n’en sais rien. Mike et moi sommes frères donc on aime jouer ensemble, ça compte énormément. Quand on était plus jeunes on avait des groupes plus rock, on était très fans de métal mais on n’avait pas le niveau pour faire des trucs violents.
Un jour on a eu un nouveau bassiste et un nouveau guitariste qui nous ont demandé si on était intéressés pour faire du Death. Nous avons alors demandé si l’un d’eux savait faire des voix dans ce style. Le bassiste nous a sorti une voix plutôt Brutal et on a choisi d’essayer, je ne me trouvais pas encore assez bon pour faire ce type de musique mais on s’est lancés.
Pouvez vous nous expliquer ce qu’est le ‘Gatinaicticut’ ?
Dave : À l’origine c’est un concept qu’on a créé pour se fendre la gueule, pendant une soirée on se racontait tous les trucs horribles qui se passaient dans notre région. On entendait parler de choses assez folles, des femmes qui se faisaient poignarder, les scènes de crimes maquillées en incendies, de têtes qui ont été retrouvées, etc.
On se disait que finalement c’était un peu notre Texas et Dums, le chanteur de PLEASURE TO KILL, un groupe de chez nous, a dit : « c’est normal, c’est le Gatinaicticut ». On a trouvé le concept génial et c’est resté, on lui a demandé si on pouvait reprendre ce nom pour créer notre festival et il a accepté.
Vous présentez votre musique comme du ‘Evil Brutal Death’, comment définissez vous ce style ?
Alexis : Vu ce que Dave raconte avec le Lieutenant Savage, le fait qu’il y ait des sacrifices, des expérimentations faites dans des labos, ressort déjà un côté très « Evil ». Le côté « Brutal Death » vient avec la musique, les jeux de batterie et de guitare, ça « blast » tout le temps, le tempo est rapide et il y a peu de temps mort.
Pouvez-vous présenter votre univers : Les chroniques du Lieutenant Savage, les zombies, peut-être une chronologie des évènements ?
Dave : Je vais essayer de faire court. Le Lieutenant Savage est venu du fait que notre pote (ndlr. POUPS – Undeadkreation) qui fait tous nos artworks avait dessiné un personnage qu’on a tout-de-suite aimé et on lui avait demandé de l’améliorer pour le garder comme mascotte. On avait déjà commencé à écrire des paroles et on a choisi de s’en servir pour les morceaux suivants.
C’est surtout un narrateur qui décrit ce qu’il voit, il n’est pas acteur de ce qu’il décrit mais cela va arriver dans les prochains projets.
Est-ce que c’est une sorte d’alter ego ?
Dave : Je n’y ai jamais vraiment réfléchi mais ce qui est certain c’est qu’il représente le groupe. Pour ce qui est de la chronologie, le premier album (Cannibalisme, hérésie et autres sauvageries, 2012) porte sur le début de l’apocalypse raconté par le Lieutenant Savage.
Le deuxième (Quand s’abaisse la croix du blasphème, 2017) fait suite à l’annihilation, quelques survivants établissent des lois et reconstruisent leur propre monde, le protagoniste se retrouve dans un ancien blockhaus militaire qui a été pris d’assaut par des survivants. Des prêtres sacrifient leurs semblables aux zombies dans l’espoir qu’ils les laissent tranquilles mais cela n’arrive jamais. L’un d’eux perd la foi et ouvre la porte pour que les zombies dévorent tout le monde.
L’histoire du EP se situe après le second projet et le prochain album en préparation. C’est une petite annexe si je peux dire, plus courte et plus efficace. Il parle d’une population, responsable de la venue des enfers sur terre, qui cherche à créer une nouvelle race de guerriers en accouplant leurs femmes avec des zombies, le Lieutenant Savage arrive pendant cette orgie et décide de mettre fin à cette folie.
Je suis très impressionné par la qualité de vos lyrics qui m’inspirent une fusion entre Lovecraft pour le côté horrifique et Bukowski pour le côté dépravé, d’où cela vous vient ? Qui écrit et comment se passe une séance d’écriture ?
Dave : Je compose les textes et je ne sais pas trop d’où ça me vient, que tu me dises ça me fait très plaisir. Je t’avoue que je n’ai jamais été un grand lecteur, je connais mal Bukowski, j’ai dû lire quelques citations mais c’est tout.
J’ai découvert Lovecraft il y assez peu de temps finalement mais j’apprécie. J’ai des influences diverses, surtout cinématographiques comme les films George Romero, surtout « La nuit des morts-vivants » ou le travail de Tom Savini par exemple. Les instruments sont composés en premier et j’écris ensuite les paroles.
Mike : Dave compose d’abord les guitares et je me pose dessus.
Alexis : De mon côté j’essaie de mixer les deux. Je suis arrivé en 2018, j’ai un peu réadapté le jeu de basse des anciens projets donc sur ce qui est sorti après mon arrivée le jeu est un peu différent.
On retrouve beaucoup de termes religieux dans votre discographie : « blasphème », « hérésie », « apocalypse biblique », pourquoi ce choix ?
Dave : Je suis persuadé que l’empreinte de la religion a tellement marqué le monde que s’il y avait une apocalypse, les personnes restantes trouveraient le moyen d’utiliser cela pour prendre le pouvoir en disant que c’est l’œuvre de dieu et s’en serviraient pour faire taire les autres.
Il me semble avoir lu (j’avais mal lu) que l’arrivée d’Alexis a joué sur la durée de vos morceaux, est-ce le cas ?
Alexis : Alors non, c’est d’avantage un choix de DA plutôt qu’autre chose, c’est principalement Dave qui compose donc c’est plutôt cela qui a donné cette évolution.
Dave : Dans les prochains morceaux qui arriveront il y en a un qui fera à peine deux minutes, on a décidé de mettre plus de diversité.
Si tu bloques les vannes tu fais toujours un peu la même chose, j’ai tendance à d’avantage garder tout ce qui me vient, il se peut que l’on en fasse rien mais en général ça aboutit.
Dave
Mike, quand tu joues en live, tu ne regrettes pas d’avoir composé des batteries aussi complexes ?
Alexis : C’est la faute de son frère !
Mike : Au début oui, quand on avait moins d’expérience et surtout pour le premier album. Après c’est une question de travail et ça passe mieux. En tous cas merci, c’est très gentil.
Alexis, comment as-tu été accueilli dans le groupe ?

Alexis : Mon arrivée dans le groupe s’est faite autour d’une date à Douai en 2018 où je remplaçais le bassiste de MERCYLESS. J’ai pu voir les gars jouer, j’avais déjà écouté ce qu’ils faisaient sur internet et j’ai beaucoup aimé le chant en français sur du Brutal Death ce qui est très rare.
On a sympathisé tout-de-suite, la première répétition a bien fonctionné, je suis de Nancy alors la seconde était un peu espacée dans le temps mais on est devenus potes et j’ai intégré la formation depuis fin 2018.
Tu as dit plus tôt que ton jeu était différent de celui du précédent bassiste, peux tu m’en dire plus ?
Alexis : Benoît suivait beaucoup ce que faisait Dave et j’essaie d’en sortir un peu plus de mon côté. J’essaie de faire en sorte que la basse ait plus de profondeur et de distorsion.
On mélange donc une basse un peu « guitarisée », une guitare extrêmement lourde et c’est ce mélange qui fait que ça change de ce qu’on entendait avant.
Alexis
Vous avez sorti votre dernier projet sur le label lillois ‘Xenokorp’, anciennement ‘Kaotoxin’, du coup quel label existe encore aujourd’hui ?
Mike : Plus aucun des deux. C’est la même personne qui avait les deux labels, il a dû arrêté ‘Kaotoxin’ après des soucis de santé, il devait stopper mais a quand même créé ‘Xenokorp’.
Dave : Il a été à son maximum et a dû s’arrêter durablement mais si sa santé va mieux un jour il aimerait s’y remettre, ce qu’on lui souhaite (ndlr : Un immense merci à Nico pour ce fantastique travail effectué pendant toutes ces années. Bravo). Pour la suite nous n’avons pas savons pas encore chez qui sortira le prochain projet.
Le rédacteur en chef et créateur du Mindgrief Journal vit en Hauts de France, et vous a vu au ‘Kaotoxin Festival’ il y a quelques années, quel est votre rapport avec cette région ?
Mike :
En plus de ces labels on a pas mal joué dans le Nord et on a aimé y aller, on y a plein de potes,
Mike
la bouffe et la bière sont bonnes et ma femme est de Dunkerque donc on aime beaucoup le Nord.
Vous avez créé le ‘Gatinaicticut Festival’ auquel j’ai eu le plaisir de me rendre au mois de juin, l’évènement a une identité musicale très marquée, ce qui semble être une volonté, pouvez-vous m’en dire plus ?
Mike : On aime le Death, on aime le Grind, on aime un peu de Black, on voulait rester « extrême ». On a beaucoup de demandes, par exemples de groupes de Hardcore, un style que j’écoute par ailleurs beaucoup, mais on a voulu rester typés « métal extrême ».
Dave : On a toujours organisé des concerts de temps en temps sur Orléans, ça restait assez simple mais pendant une période il n’y avait plus de salles ou bars disponibles. On nous a proposé de faire un petit concert dans la salle des fêtes de notre ville Thimory, ça c’était très bien passé et ça nous a plu.
On a ensuite organisé, avec le comité des fêtes, les premières éditions du ‘Thim’Metal Fest’, ce qui était le premier nom du festival. C’était bien mais on avait vraiment envie de faire évoluer les choses, de pousser plus loin avec de plus gros groupes, revoir pas mal de choses qui ne nous convenaient pas.
On a donc décidé de continuer seuls, par nos propres moyens, et de changer de nom qui est devenu le ‘Gatinaicticut Metal Fest’. On prépare l’édition 2025 justement, on espère pouvoir en dire plus très bientôt
Dave
Vous avez pu faire jouer SUBLIME CADAVERIC DECOMPOSITION en 2019, pourrait on espérer les revoir ? Un groupe comme GRONIBARD ?
Mike : SCD pourquoi pas. GRONIBARD je les connais un peu, j’avais dans l’idée de les booker pour le festival, j’ai essayé plusieurs fois mais c’est compliqué car c’est un groupe qui se produit très peu.
J’ai vu dans une de vos interviews que vous n’étiez pas forcément très adeptes de toute cette scène Slam (ndlr : Le « Slam Death Metal » n’est pas à confondre avec le style de prédilection de Grand Corps Malade, notamment) qui a émergé depuis quelques années, est-ce qu’on pourrait quand même y voir se produire un groupe comme CRYOGENICAL EXCISION ?
Mike : Oui, regarde cette année, il y avait DEVOUR THE FŒTUS le vendredi, personnellement j’aime le Slam, beaucoup plus que mon frangin.
Dave : J’aime aussi le Slam mais ça dépend lequel, DEVOUR qu’on connait depuis plus de quinze ans, ont un côté très Brutal Death, c’est moins lourd que certains types de Slam.
Est-ce que je peux vous demander une info sur l’édition de cette année ? Une exclu ?
Mike : Alors je n’en ai pas à te donner mais je peux te dire qu’elle se déroulera les 6 et 7 juin.
Vous avez récemment publié une vidéo animée reprenant l’artwork de « Soumises à la procréation », est-ce qu’on doit y voir le début de quelque chose pour la suite ? Une BD pour le prochain album par exemple ?
Mike : On aimerait bien un animé, le problème est que c’est long, il faut trouver la bonne personne et ça coûte cher. Un mini animé ça serait excellent.
Dave : J’y pense beaucoup, j’ai pas mal cherché quelqu’un qui pourrait le faire. Si je le pouvais je ferais un album entier qui aurait ses épisodes.
Vous pourriez essayer le financement participatif ?
Dave : Ce n’est pas notre style, les gens se déplacent, paient leurs places de concerts, achètent les CD, du merch, etc. C’est déjà beaucoup donc on ne va pas les racketter. On fait notre musique pour nous à l’origine, si les gens l’aiment c’est tant mieux mais on ne veut pas non plus en faire des caisses.
CONCLUSION
SAVAGE ANNIHILATION ont beau proposer une musique technique et complexe, ce sont des gars simples et authentiques. Ils sont investis dans la scène underground, dévoués en live comme sur galette, ont inscrit leur œuvre dans le temps et c’est ce qui en fait un grand groupe.
Ils méritent tout notre soutien et on attend, avec encore plus d’impatience désormais, la suite des aventures du Lieutenant Savage.
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