INTRODUCTION
Cryo, tout d’abord merci de prendre le temps de répondre à mes questions. Cette interview se devait d’avoir lieu un jour ou l’autre tant EMINENTIA TENEBRIS s’est imposé pour moi comme un projet marquant dans la scène Black Metal française actuelle. J’ai directement ressenti dans ta musique une alliance rare et assez magique : la grandeur mélodique, la noirceur profonde et une douce mais puissante mélancolie.
Ma découverte du projet remonte à 2023, avec la sortie de ‘Rise Of A New Kingdom’, un album qui m’a marqué dès les premières secondes. Je l’ai traversé d’une traite, comme une épopée, une quête, un bon livre, un grand film. En cherchant à en savoir plus, j’ai découvert que nous étions tous les deux dans le secteur de la ville du Mans, un hasard qui m’a immédiatement poussé à te contacter.
Nous nous étions déjà croisés auparavant, sans le savoir et j’ai finalement eu l’occasion d’échanger avec toi lors d’une soirée Black Metal au Lézard Bar réunissant ZËLOT, KRV et CERBÈRE. Ce soir-là, tu m’avais généreusement offert et dédicacé le CD de ‘Through The Deepest Skies’, un geste que je tiens à souligner et dont je te remercie à nouveau.
INTERVIEW
Avant d’aborder ton nouvel album, je voudrais revenir sur ton parcours et les chapitres précédents de l’histoire d’EMINENTIA TENEBRIS. Tu définis toi-même ta musique comme un Black Metal atmosphérique, épique, mélodique et mélancolique. Jusqu’à récemment, tu portais seul l’intégralité du projet : compositions, instruments, chant, ainsi que la technique et les visuels sur les premiers opus. ‘Whirlwind Of Dark Times’ (2020) se distingue par une large place laissée aux intros au synthé, comme sur « Strength » ou « The Unknown Path » qui, par instants, flirtent presque avec la synthwave. On y retrouve aussi de nombreux détails d’arrangements : fillers, passages à la flûte, et surtout des rythmiques de batterie atypiques pour le style, particulièrement sur le premier et le dernier titre. Le côté épique, déjà bien affirmé, culmine sur les deux morceaux éponymes, portés par des soli marquants et mémorables. Les thématiques qui semblent s’en dégager évoquent l’introspection, la force face à l’adversité, la tempête dans un monde tourmenté, et le départ vers un autre chemin, un autre destin. Peux-tu nous parler de cet album, de la démarche artistique qui l’a façonné, de ton état d’esprit au moment de son écriture et du lien que tu entretiens aujourd’hui avec lui ?
Cryo : Salut Guillaume ! Pour te situer un peu le contexte et évoquer l’état d’esprit qui était le mien au moment de la création de ce premier album et bien je vais parler sans langue de bois.
En 2020 j’ai décidé d’arrêter définitivement l’alcool qui était devenu un problème et qui allait me conduire droit dans le mur. C’est à cette même période qu’un ami m’a montré le fonctionnement de Garageband et je me suis vite aperçu que cet outil pourrait me permettre de concrétiser mon désir de création musicale comme j’en avais toujours rêvé. Étant désormais en état de me concentrer sur autre chose que la boisson, j’ai donc fais l’acquisition d’un iPad et me suis lancé dans la composition sans me fixer de limites et en usant de toute sortes de synthés virtuels (et tout particulièrement ceux pouvant sembler hors propos pour du Black Metal) proposés par l’application.
Étant dans une phase plutôt mélancolique (l’arrêt de l’alcool fut comme une sorte de deuil à surmonter pour moi) la musique s’en est donc ressentie.
‘Whirlwind Of Dark Times’ est mon premier enregistrement et, n’étant pas passionné par l’aspect technique de la MAO, le résultat sonore fut pour le moins amateur. C’est un album qui n’est à proprement parlé ni « mixé » (j’ai seulement réglé le volume de chaque piste instrumentale et vocale au feeling) ni masterisé puisque je n’avais alors même pas conscience du rôle crucial de cette étape dans le rendu global d’une production musicale.
Le visuel est issu d’une peinture romantique d’un artiste Allemand du XIXème que m’avait proposé mon frère et qui m’avait immédiatement convaincu de par sa dimension hivernale et son esthétique répondant aux codes classiques du Black Metal.
Les thématiques de cet album sont contemplatives, avec une pointe de misanthropie et d’hommage à la nature.
Les paroles, comme pour l’album suivant, sont peu nombreuses et sont plutôt scandées de manière répétées au sein des chansons. Il ne s’agit pas de textes construits et racontant une histoire mais de phrases venus spontanément de mon esprit au moment même de l’enregistrement sans avoir jamais été écrites et conservées ni avant ni après les prises de chant.
À ce propos, il faut savoir que je n’avais à aucun moment envisagé de m’occuper moi même du chant en démarrant ce projet. N’ayant aucune compétence en la matière, c’est mon frère déjà expérimenté qui devait s’en charger mais il se trouve que j’avais acheté un micro de tellement mauvaise qualité (le genre qui se branche sur une prise écouteur et non à une carte son) que ce ne fut absolument pas satisfaisant lors de nos essais.
Je me suis ensuite rendu compte que ce micro saturait tellement que je pouvais l’utiliser à ma manière et sans compétences vocales particulières pour donner l’illusion d’un chant Black Metal correct et c’est donc ce que j’ai fais sur les trois premiers albums d’EMINENTIA TENEBRIS.
J’ose le dire aujourd’hui, être parvenu seul à ce résultat malgré mon incompétence en terme de chant et ma méconnaissance totale de la dimension technique d’une production musicale relève du miracle !
Through The Deepest Skies’ (2022) est, si je puis dire, plus « pur » que le premier opus dans le sens où la puissance, la violence et le rythme sont plus perpétuels, plus soutenus. Après une intro relâchée, le début du projet est une envolée épique qui ne s’arrête quasiment jamais. « Eternal Grief », le quatrième morceau, introduit quelques transitions plus douces avec des ponts épiques qui renforcent la puissance des couplets mais sans les passages plus expérimentaux du premier projet. Cet aspect n’apparaît que sur le septième morceau, « Midwinter Sorrow » avec sa mélodie froide et astrale ainsi que son chant en demi-teinte. Le dernier tiers de l’album repart en bataille épique et se termine sur un morceau exceptionnel qui réunit tout ce que tu sais faire et qui fait ta signature : de jolis synthés, une structure de morceau riche et variée, une belle histoire racontée dans une ambiance unique. J’ai l’impression que les thèmes abordés sont différents, on ressent une certaine noblesse tragique, une colère froide, une fierté guerrière ainsi qu’un aspect cosmique qui surplombe le tout. En deux ans ta musique semble déjà avoir beaucoup évolué, tout comme ton état d’esprit. Penses-tu que ce projet soit plus sombre ? Quels éléments ont changé dans ta manière de faire, de composer et d’aborder la musique à ce moment là ? Avec du recul, comment perçois tu cet album quelques années plus tard ?
Cryo : Les qualificatifs que tu emplois pour dépeindre l’atmosphère de cet album m’honorent car ils sont exactement ce que j’avais en tête au moment de sa création. Je voulais que la musique sonne à fleur de peau, qu’elle soit l’expression d’une amertume face à un immense gâchis (qu’il soit personnel ou sociétal). Colère froide, noblesse tragique, fierté guerrière et aspect cosmique, je n’ai pas grand chose à ajouter tant tu vises dans le mille ! J’étais très fier des compos de cet album qui une fois encore ne fut pas mixé mais que j’avais décidé de faire masteriser en l’état par Fog (CÉNOTAPHE, ex-ANGMAR, également concepteur du logo d’EMINENTIA TENEBRIS etc). Ce ne fut pas l’idée du siècle puisque n’étant pas magicien, il ne pouvait pas faire de miracles avec les démos que je lui avais envoyées. Le son après mastering a pu gagner en puissance mais les défauts ont aussi été exacerbés étant donné le mixage inexistant. Quelques années plus tard donc, j’ai un peu de mal à l’écouter du fait de sa production douteuse. Toujours très fier des compos en revanche, notamment « Pure Heart Deceived » dont je crois (avis subjectif) n’avoir jamais égalé l’intensité émotionnelle par la suite. C’est sûrement l’album le plus personnel auquel j’ai donné naissance, plein de contrastes, mêlant à la fois désespoir et lumière au bout du tunnel, et pour ça il aura toujours une importance particulière à mes yeux. Pour les paroles, j’ai fonctionné de la même manière que pour le premier et je n’ai pas souhaité les rendre public non plus. En effet, elles ne furent pas le fruit de longues réflexions étalées sur le papier mais ont plutôt fait office de cris du cœur surgissant du plus profond de moi-même, calées tant bien que mal sur la musique dans la plus grande spontanéité qui soit lors de l’enregistrement. Concernant l’artwork, j’avais cette fois-ci fait appel à une artiste russe aux multiples talents répondant au nom d’Olga Kann et officiant dans le groupe de Black Metal WITHERED LAND.
‘Rise Of A New Kingdom’ (2023) est un album monumental articulé en deux grands actes. Pas d’introduction cette fois : l’attaque est immédiate, avec son riff tranchant, sa batterie martiale et ses envolées célestes. Les morceaux s’enchaînent avec une grande cohérence, chaque riff portant en lui le souffle épique d’une grande bataille. « The Final Gathering » marque la fin du premier acte : un titre plus solennel, plus calme et mélancolique. « The Ascension » ouvre le second acte sur une mélodie froide et envoûtante au synthé, avant que « Rise Of A New Kingdom » ne déploie ses riffs soutenus de petits fillers qui amplifient leur impact. L’ensemble se clôt sur « Suprême Sacrifice », plus doux, profondément mélancolique, où des synthés graves et un piano final bouleversant concluent le voyage. Thématiquement, l’album se lit comme une fresque de Dark Fantasy : on pénètre dans un univers sombre, plein de lieux maudits, de mystères et de quêtes. Puis un événement vient amorcer une évolution vers la grandeur, un parcours ponctué d’échecs, de victoires qui aboutissent à une conclusion grandiose. De nouveau, on perçoit une nette évolution : visuel très soigné, compositions toujours plus riches, rendu sonore plus profond. Comment es-tu parvenu à un tel aboutissement, et, encore une fois, quelle est aujourd’hui ta vision de cet album ?
Cryo : Pour ce troisième album j’ai souhaité laisser derrière moi les synthés typés 80’s et le côté électro qui pouvait poindre de temps en temps sur les deux premiers. J’ai voulu rentrer dans le rang en quelque sorte ! Tout du moins proposer une musique épique centrée sur les guitares, toujours accompagnée de synthés mais dont le but était de donner un aspect guerrier et cinématographique au tout. C’est cet album qui marque ma rencontre avec Septev (HRAD, STELLAR FOREST, OUTLAND HILL, etc.) puisque m’est veenu l’idée de le contacter après m’être aperçu qu’il s’occupait lui-même de l’aspect technique du son sur ses différents projets (que j’affectionne particulièrement). Étant très occupé, il n’était pas forcément chaud à l’idée de se rajouter du boulot mais il a suffit d’une écoute de l’album dans sa version démo et c’était réglé ! Je l’en remercie. EMINENTIA TENEBRIS bénéficiait enfin d’une production, non pas professionnelle certes, mais audible ! Septev, qui a mixé et masterisé l’album, a dû faire avec les pistes que j’avais enregistré via un ampli numérique branché à l’iPad (la débrouille !) sans pouvoir modifier le son des guitares, ce qui a donné un résultat perfectible mais bien au dessus du précédent album. Pareil pour la batterie programmée qu’il a pu enrichir via un logiciel dédié quand moi je me contentais encore de la petite banque de rythmes simplistes que je m’étais concocté sur Garageband, sans parler du son qui allait avec. Concernant les thématiques présentes, elle furent les prémices de celles qui seraient également utilisées sur l’album suivant. Je voulais donner une dimension guerrière, héroïque et mélancolique à l’œuvre. Le sens de l’honneur et du sacrifice sont mis en avant à travers l’album. Je peux dire que c’est à partir de là qu’EMINENTIA TENEBRIS a su trouver sa réelle identité sans toutefois déployer tout son potentiel, puisqu’à ce moment là je suis encore seul aux manettes concernant l’aspect vocal et textuel de la chose. Il est à noter qu’en plus d’une production sonore qui s’améliore, l’artwork monte également d’un cran avec une magnifique création digitale signée Matthias Macchabée que j’ai eu l’idée de contacter après avoir vu son travail pour le premier HRAD justement. Il a su dépasser toutes mes attentes et je l’en remercie encore. Pour résumer, fini les expérimentations musicales étranges des deux premiers albums et place à (en tout cas je l’espère) un Black Metal épique qui sait où il va !
‘Whispers Of The Undying’ (2025) s’impose comme une suite naturelle en entrant immédiatement dans le vif du sujet. L’arrivée d’Erroiak au chant apporte une présence vocale plus affirmée, sans jamais écraser l’ensemble : elle s’intègre parfaitement et sublime une production léchée très précise. « Echoes Of Triumph » compte sans doute parmi les titres les plus épiques du projet, porté par des envolées qui ne faiblissent jamais et une tension dramatique constamment maintenue. Sur « The Great Betrayal », des violons éclatants viennent surplomber la composition, ajoutant une dimension tragique et poignante. « Beneath The Moon » porte un espoir teinté de mélancolie, prolongé par « Through Chaos And Shadows » dont le riff principal conserve cette émotion tout en s’appuyant sur une production plus dense et ponctuée de touches acoustiques marquées. Cette nuance acoustique se retrouve également dans « Embers Of Glory », qui amène un parfum médiéval et mélancolique. Avec « Marching As One », c’est la voix d’un chef de guerre qui résonne, galvanisant ses troupes avant la bataille. Enfin, « Time’s Cruel Reign » est introduit par un bref passage de dungeon synth, pour conclure l’album sur une note à la fois sombre et grandiose : riffs parfois dissonants, désespoir mais aussi force indomptable. Textuellement, cet album est une élégie guerrière, un poème philosophique où chaque morceau explore une facette du combat humain : mémoire, trahison, sacrifice, loyauté, épuisement, oubli. La plume de Daeris mêle subtilement intime et épique, universel et tragique. Les textes suivent un arc narratif avec des thèmes récurrents : les éléments comme la pierre, le feu et la terre ; le combat avec ses gloires et ses déboires. L’ensemble forme une méditation sur la condition humaine, où le guerrier n’est pas glorifié mais désossé, confronté à ses limites, à sa finitude. Ce qui fait la force de ce projet, c’est aussi sa cohérence émotionnelle. L’écriture est lucide, parfois cruelle. Elle donne à l’auditeur une matière riche, d’un niveau littéraire. Cela sonne comme un chant de fin de cycle, une œuvre sur ce qui se meurt mais tente, coûte que coûte, de laisser une empreinte. Ce disque est un vrai coup de force : il allie maîtrise et renouveau, avec une inspiration rare. Comment l’arrivée d’Erroiak et de Daeris a-t-elle influencé le processus créatif et la direction globale de l’album ?
Cryo : D’abord, merci pour tes louanges qui me vont droit au cœur. Pour ce nouvel album j’ai fait l’acquisition d’un (modeste) home studio donc j’ai pu créer dans de bien meilleures conditions ! Le processus de composition a été assez facile une fois lancé car il était beaucoup plus agréable de donner vie aux riffs avec du matériel et un son digne de ce nom. J’ai pu rapidement identifier certains synthés disponibles sur mon nouveau logiciel comme étant indispensables à l’identité sonore que je voulais donner à ce nouvel album et c’est ce qui lui donne une certaine cohérence je crois (ou un manque de variété selon certaines chroniques, à chacun son avis). C’est dans cet esprit de renouveau que s’inscrit l’arrivée d’Erroiak au chant et Daeris (ma compagne) à l’écriture des textes. Me concernant, il était devenu clair que pour m’épanouir pleinement dans ce projet je ne devais désormais m’occuper que de la musique qui était ma motivation première dès le début de l’aventure. Leur arrivée n’a donc pas influencé la direction prise par cet album mais m’a beaucoup soulagé et permis de me donner à fond et en toute sérénité dans la dimension musicale de l’œuvre.
On sent que Daeris a parfaitement capté l’essence même d’EMINENTIA TENEBRIS et a mis sa plume au service d’un texte d’une grande force. Quelles ont été ses inspirations pour cet album ? Est-ce que les paroles naissent une fois la composition terminée, ou se construisent-elles en même temps que la musique ?
En effet je suis conquis par le travail qu’elle a fourni sur les textes ! L’idée m’est venu de lui confier cette tâche car il se trouve qu’elle s’est récemment lancé dans l’écriture d’un premier roman en anglais. L’occasion était donc trop belle sachant que je souhaitais ardemment me délester de cette tâche ! Du coup je lui ai simplement communiqué ma vision des choses (textes poétiques, héroïques, guerriers, etc.) et lui ai fourni les noms de chansons que j’avais en tête. Cette fois-ci, il fallait que ça raconte une histoire, que ce soit construit, qu’il y ait un fil conducteur. Déjà car le label Antiq qui sort l’album en est friand mais également pour élever encore le niveau par rapport aux précédentes sorties. Elle a ensuite écouté les morceaux et a laissé libre court à son imagination débordante.
Plusieurs morceaux placent la nature en vrai personnage, parfois protecteur, parfois hostile. Que pouvez-vous en dire ?
Daeris : L’album suit les codes de l’épopée Heroic Fantasy, avec un narrateur aguerri, aveuglément convaincu de défendre ce qui est juste et essentiel. Cependant, au fil du temps et des épreuves, ce dernier commence à remettre en question cet éternel cycle de violence et à refaçonner sa vision du monde, notamment à travers la contemplation de la nature. La nature est à la fois force protectrice, refuge, ou au contraire indifférente ou hostile face aux volontés humaines. Sa présence, à l’image d’un miroir, permet de montrer les conséquences de la guerre et d’une déconnexion profonde entre l’homme et son environnement. Elle devient à la fois source d’espoir et témoin silencieux des horreurs de l’homme. Le contraste entre la beauté, le pouvoir de la nature et la monstruosité des batailles ajoute une dimension poétique et tragique à l’album. Cela permet ainsi de dépasser les thèmes classiques de la guerre et de la fraternité, propres à ce type de narration, pour pousser la conversation vers des sujets et questionnements universels : la beauté et la fragilité du vivant, mais aussi le poids et l’intransigeance du temps qui passe, et les conséquences des choix humains.
Le chant d’Erroiak (ENTERRÉ VIVANT) allie présence et puissance et possède une identité très forte. Comment as-tu pensé à lui pour ce projet ? Avez-vous essayé plusieurs types de chant ou cela a-t-il été une évidence dès le départ ?
Cryo : L’ajout d’Erroiak au chant est vraiment ce qui me ravi le plus pour ce nouvel album. Il m’avait fait savoir qu’il avait énormément apprécié la précédente sortie d’EMINENTIA TENEBRIS donc lorsque je me suis demandé à qui confier cette tâche j’ai directement pensé à lui. Son chant étant en plus exactement ce qui me plaît dans le Black Metal je lui ai proposé sans hésiter ce nouveau poste ! Et comme chacun le sait, cet homme aime à multiplier les projets donc toutes les conditions étaient réunies pour qu’il accepte mon offre. C’est bien sûr ce qui s’est passé et je dois dire que je n’en suis pas peur fier. Humainement le courant passe très bien mais il est en plus d’une efficacité rare ! Je lui ai simplement donné quelques indications et il a ensuite accompli sa mission avec une facilité déconcertante. Pour te dire, une seule prise a du être réenregistrée mais tout le reste était parfait dès le premier essai ! Septev est ensuite passé par là pour mixer le chant et le resultat final fut au delà de mes espérances.
Peux-tu nous parler du travail de Septev et nous raconter un peu l’histoire de votre collaboration ?
Désolé j’ai devancé ta question à travers mes interventions précédentes, néanmoins je peux ajouter ici que nous sommes devenus amis et qu’il m’a intégré comme guitariste « studio » de son projet HRAD dont il est le principal compositeur ! De plus, c’est quelqu’un de très sympa que je m’estime très chanceux d’avoir à mes côtés notamment en ce qui concerne les aspects techniques de la MAO qu’il maîtrise bien mieux que moi.
GD : Les covers de tes projets sont exceptionnelles et dignes des plus grands comme SACRAMENTUM pour ne citer qu’eux. Tu as fait les deux premières et as ensuite travaillé avec Macchabée Artworks puis Ray Van Oyen. Peux tu développer sur ce sujet ?
Comme dit plus haut il s’agit d’une peinture du XIXème siècle pour le premier album et d’une œuvre d’Olga Kann pour le second. Et j’ai encore une fois anticipé plus haut ta question quant à Macchabée Artworks, je m’en excuse ! Quant à cette nouvelle pochette, j’ai découvert Rein Van Oyen un peu par hasard sur les réseaux par une de ces œuvres qui m’a attiré l’œil. En le contactant, j’ai pu avoir la bonne surprise de constater que ses tarifs correspondaient à mon budget et j’ai donc décidé de tenter l’aventure ! Je lui ai envoyé une tonne de mes inspirations en terme de pochettes d’albums et à partir de là il est venu me proposer ce concept d’artwork Heroic Fantasy vintage qui m’a tout de suite parlé. J’étais pourtant loin de m’imaginer un tel résultat ! Je pensais ne jamais pouvoir bénéficier d’une pochette égalant ou surpassant la précédente, et bien j’ose le dire : c’est chose faite ! C’est évidement et avant tout une question de goût mais ce que je peux dire c’est que plus il m’envoyait des nouvelles versions de son travail plus j’étais conquis. Il a parfaitement su cerner ce que j’attendais et pour ça je le remercie une fois encore. D’ailleurs, s’il doit y avoir un prochain album, il y a de fortes chances pour que je le sollicite à nouveau !
‘Whispers Of The Undying’ est un succès critique qui résonne à travers le monde comme en témoignent les différents retours (chroniques, articles, notations, etc.) et vous devez être fiers de ce projet. Comment te sens-tu un peu plus d’un mois après sa sortie ?
Cryo : Je suis évidemment très heureux de l’accueil globalement positif qu’a reçu l’album et je remercie Antiq pour le travail de promo effectué auprès des différents médias et webzines. C’est déjà une chose de pouvoir bénéficier de l’aura du label alors le fait d’avoir en plus des chroniques élogieuses qui paraissent ça fait chaud au cœur. Tout ça est légèrement terni par le fait que les formats physiques digipacks et vinyles ne sont toujours pas officiellement disponibles au moment où l’on se parle pour cause de retards au niveau de l’usine qui gère la production ! Ça plus un retard de mise en ligne de l’album sur les plateformes de streaming qui a mis plus de temps que prévu à arriver (mais ça n’est pas dramatique, l’album était disponible via Bandcamp dès le jour de sa sortie officielle). Toujours est-il que c’est un sentiment d’accomplissement qui m’habite depuis la révélation de ce nouvel opus. En tout cas si le projet devait s’arrêter là je n’aurai aucun regrets tant je suis satisfait du résultat aussi bien musicalement que visuellement. De plus, j’ai l’agréable sentiment de ne pas avoir jeté mon argent par les fenêtres en faisant produire un visualizer, une lyrics video et un full album stream dans un but promotionnel étant donné que nous avons eu la chance d’être diffusé dans les trois cas sur la plus grosse chaîne YouTube existante dédiée au Black Metal !
En plus d’être très prolifique avec ce groupe tu as différents side projects (BLACK LIGHT ERA, HRAD), peux-tu nous parler de ces groupes ?
Cryo : J’ai enregistré l’album de BLACK LIGHT ERA dans la foulée du premier EMINTENTIA TENEBRIS car je souhaitais avoir deux projets pour satisfaire mon besoin de mélodies épiques d’un côté et de musique plus sombre et Old School de l’autre. À l’image du second opus d’ET, je suis très content des compos mais beaucoup moins du rendu sonore ! Il y aura peut-être une suite un jour mais là encore il ne faudra plus compter sur moi pour le chant. Concernant HRAD, c’est un projet de Black Metal épique que je trouve magnifique et auquel j’ai eu la chance de participer sur le dernier album en tant que guitariste lead aux côtés d’Erroiak au chant/guitare rythmique, Septev à la compo et RoKrao (le cousin de Septev) à la basse. Un nouvel album, auquel je compte bien de nouveau participer, est actuellement en cours de confection !
Tu es le frère d’un autre artiste très prolifique : A.S.H qui a aussi un groupe solo, OBSCURITÉ et qui opère dans différentes formations comme SERPENT RITES ou THE FIRE SOURCE. Peux-tu nous parler de lui, son influence sur ton travail et peut-être un projet commun ?
Cryo : Nous sommes justement en train d’enregistrer chez moi ce que sera le prochain album d’OBSCURITÉ ! (Ses deux autres projets étant en pause). Nous n’avons pas de projet commun étant donné que nous sommes déjà bien concentrés sur nos projets respectifs mais peut-être à l’avenir qui sait. Je ne sais pas si j’ai été influencé par ses différentes sorties mais ce qui est sûr c’est que lui et moi avons des influences musicales communes et que nous aimons tous les deux créer des mélodies qui se veulent épiques et mélancoliques dans un registre résolument Black Metal. En tout cas c’est un petit miracle qu’il parvienne à continuer la musique puisque malheureusement il est atteint d’une psychose qui l’empêche de vivre normalement. La musique est son seul réconfort alors espérons qu’il ait la force de continuer à en faire encore longtemps !
CONCLUSION
Merci Cryo pour toutes ces révélations sur toi-même, ta musique et ton art en général, ton honnêteté et ton franc parler en particulier. Je remercie aussi Daeris d’être intervenue dans cette interview et d’avoir précisé son approche pour les textes de l’album. Je vous souhaite le meilleur pour la suite, longue vie à EMINENTIA TENEBRIS et à très bientôt !
Cryo : Merci beaucoup de m’avoir donné l’opportunité de parler d’EMINENTIA et bravo pour ce que tu fais pour la scène.
À bientôt sur Le Mans ou ailleurs !
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