Sublime Cadaveric Decomposition – « The Macabre Voodoo Messiah Of Masochism And Fetishism »

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DISCLAIMER

Ce texte contient des termes violents, des références sexuelles explicites et des visions du monde profondément amorales. Ce n’est ni un guide, ni une prise de position, c’est une plongée dans une œuvre extrême qui ne cherche ni à plaire, ni à éduquer ou rassurer. Les figures évoquées (viol, torture, blasphème, etc.) sont traitées comme elles le sont dans l’œuvre : crues, symboliques, dérangeantes. C’est une lecture lucide d’un contenu radical, assumé tel quel, sans volonté de l’adoucir ni de le condamner.

INTRODUCTION

Les experts médico-légaux de SCD sont de retour cette année pour nous présenter leur nouveau rapport d’autopsie. Ce nouvel acte de démembrement barbare est paru en avril dernier chez Selfmadegod Records, label polonais indépendant créé en 2000 par un certain Karol Pieńko, devenu avec le temps une référence en matière de musique extrême et une pointure incontournable de l’underground européen, puis mondial. Le label s’est démarqué dés ses débuts en produisant des groupes mythiques comme ROTTEND SOUND, figure emblématique du Grindcore finlandais, DEAD INFECTION, pionniers du Goregrind polonais, ou encore les minecoreux compulsifs belges d’AGATHOCLES.

Ébauché à Paris début 96 par un gratteux passionné de Grind, SCD prend un tournant décisif à l’arrivée de Seb. Initialement chargé de créer le meilleur logo Gore de l’Histoire, il deviendra, sans le savoir, l’âme de la formation en prenant le micro pour y cracher ses tripes. Qu’on se le dise, le groupe sans lui c’est comme MOTÖRHEAD sans Lemmy ou MEGADETH sans Mustaine, ça fait trois décennies qu’il tient le scalpel et c’est inconcevable autrement.
Les influences sont larges, SUBLIME c’est le Porno crasseux des allemands de GUT, le Gore clinique des japonais de CATASEXUAL URGE MOTIVATION, la rage du Crust suédois de DISFEAR, le tout sur fond visuel de « Henry, portrait d’un sérial killer » et saupoudré d’une logorrhée textuelle digne d’un roman de Matthew Gregory Lewis.

Faisant suite à deux Splits légendaires aux côtés d’INFECTED PUSSY en 97 et de ROT l’année suivante, « S/T » (2001) vient honorer le métal français d’une décharge brute de violence pure, sans compromis et sans paroles, seulement une voix gutturale inhumaine pleine de groove. Avec « II » (2003), le son devient plus massif, plus net, mais toujours aussi implacable. « Inventory Of Fixtures » (2007) marque un vrai tournant : les textes apparaissent, sombres, dérangeants, nihilistes. La musique respire d’avantage et se déverse au service d’un propos presque politique mais devient aussi plus tendue, plus sale. « Sheep ‘n’ Guns » (2011) ajoute une certaine lourdeur, une rythmique plus vicieuse, presque hypnotique. « Raping Angels In Hell » (2017) pousse encore plus loin l’imagerie extrême, marque davantage une certaine noirceur, les aspects chirurgicaux et sexuels s’expriment plus sauvagement, quelque part entre le Grind, le Death et le Black Crust dégoulinant.

Le contexte historique étant posé, il est maintenant temps d’en venir à la dégustation de ce nouveau chef d’œuvre, ce petit bijou de Satanic Porno Gore qu’est « The Macabre Voodoo Messiah Of Masochism And Fetishism ». Précisons ici que tous les morceaux ont été composés par Duff excepté les tracks 8, 12 et 13 produits par Thomas, les lyrics ont intégralement été écrites par Seb.

Inutile de préciser que c’est comme toujours ce dernier qui donne corps à la messe noire avec cet artwork aux allures de rituel graphique, et il n’a pas fait dans la dentelle (quoique). On y voit une femme nue, mi-déesse, mi-charogne. Une poupée vaudou entre l’extase et l’agonie, victime volontaire d’une cérémonie cultuelle à la gloire du bondage. Déjà à moitié bouffée par la bête et ornée d’une couronne de barbelés, cette icône de la douleur et du vice trône en figure christique à l’entrée de la fosse des sacrifices. De quoi donner le ton et en effrayer plus d’un.

Au risque de perdre quelques lecteurs en route, tampis. C’est le moment de se lancer dans ce qui doit être fait : l’autopsie de ce disque. Morceau par morceau, je me dois de rendre justice à cet album sublime à la manière d’un thanatopracteur avec un peu trop de conscience professionnelle.

LECTURE

Track 01 – AutoSarcophagical Requiem (02:19)

L’album s’ouvre avec un coup massif sur le sommet du crâne, le tempo est d’une violence inouïe, ça blast nerveusement et les riffs sont affutés à la pierre, ça oscille entre rapidité et lourdeur, les variations rythmiques créent une complexité haletante, symbiose de brutalité sonore et de précision technique. Le chant implacable se pose parfaitement sur l’ensemble pour y ajouter encore un peu de force, de cohérence et de vie.

Non sans rappeler l’épisode « Simpson Horror Show XXVIII », le texte raconte de façon psychotique le processus intérieur de putréfaction sous la forme d’un banquet religieux, il dépeint la décomposition comme un acte rituel personnel et volontaire. Cette prière à la gloire de la mort est une ode au cannibalisme introspectif, l’histoire d’un mec qui s’automutile pour se libérer, qui s’arrache la peau, bouffe ses tripes et chie son existence sans chercher d’excuses. Ils se déguste méthodiquement par dépit, sans fierté ni plaisir et « retombé dans l’oubli, le chaos ne connaît de sens ».

Track 02 – Naked Before the Undertakers (The Sleeping Beauty of the Bogeymen) (02:43)

L’entrée en matière est plus groovy mais aussi plus martiale, les riffs sont solides, ça mitraille aux fûts, les roulements amènent des micro-pauses avec des petits ponts de dissonance aux cordes mais la tension reste à son comble, pas de breaks, on valse entre les blasts brutaux et des passages de Death pur qui donnent envie de remuer comme des vers au milieu des tripes.

Raconté du point de vue d’une femme, ce morceau nous plonge dans les dernières minutes de son autopsie puis dans un rituel nécrocriminel dont elle devient le centre. Sa mort devient un mariage et elle s’abandonne, son « cadavre à peine secoué n’a pas protesté au devoir conjugal ». Elle décrit le tout avec une précision froide : les odeurs, les gestes, la mécanique morbide des rapports post exhumation. Galanterie, noces, stéthoscopes et entrailles, tout finit par se confondre. Il ne reste plus rien d’humain, plus rien d’intact, sauf peut-être son fantasme d’objectification fétichiste, de thanatophilie symbolique. Une thématique qui porte le parfum du Guro, une branche s/m extrême du Hentai. On notera aussi que c’est très probablement la protagoniste de la pochette de l’album qui est ici narratrice.

Track 03 – The Doomsday Procession (My Harrowing of Hell) (02:56)

Le pilonnage en continu, le piétinement de double pédale et le saccage de la caisse claire ne s’arrêtent pas. La guitare est laminée à la scie sauteuse et le manche est tenu avec une chaîne. La marche funèbre n’est pas prête de s’arrêter. Le chant semble plus étouffé, enfermé dans un déferlement de haine insurmontable, une possession démoniaque qui atteint un pic glycémique et s’y accroche. L’apogée du morceau, avec son petit pont planqué au milieu du carnage, débouche sur une apothéose en blast frénétique. C’est de la confiture maison, bien chargée, bien sucrée.

La charge mystique et théologique renfermée dans ce texte est phénoménale, tant que l’on pourrait lui seul le mettre en parallèle avec plusieurs chants de « L’Enfer » de « La Comédie Divine » de Dante Alighieri. On suit ici un protagoniste entrant dans le rituel de son jugement dernier. Les juges ? Méphistophélès le tentateur et Samaël le séducteur. Le narrateur est lucide et ne cherche pas à nier son désir charnel pour la vierge Marie dont il confesse connaître l’anatomie intime au travers d’un dernier blasphème. Il rend un ultime hommage à Azazel, le maître pêcheur, pendant que le tout puissant scelle son sort : « nous recevons la marque de la bête pendant notre descente dans les limbes ». Du nihilisme pur, pas de pardon ni d’issue, tout est joué d’avance et même l’enfer n’a plus rien à lui dire.

Track 04 – The Smoke from the Purgatorial Crematorium (feat. Julien Truchan) (02:56)

Ce morceau se distingue des autres au travers de l’importance de la présence vocale et le passe-passe entre Seb et Julien, chanteur et membre fondateur de Benighted, les monstres stéphanois du Brutal Death psychologique. Les deux hommes nous offrent un dialogue guttural qui donne l’impression d’une discussion entre un humain (Julien) et son démon intérieur (Seb). On alterne entre des passages frénétiques et des moments plus lourds, on ressent bien le poids de la basse qui gronde en arrière plan pendant que les riffs secs comme des os apportent de la combustion au moteur inépuisable de la batterie. Ce n’est plus de la musique, c’est une incinération en stéréo, une estampe de Gustave Doré qui a décidé de se mettre à gueuler.

Ici, le narrateur ne descend pas en enfer mais stagne plutôt dans un entre-deux sordide, le purgatoire d’un homme broyé, déjà foutu, qui ne cherche même plus à être sauvé. Le texte regorge d’images répugnantes : la matrice de sang qui s’embrase, l’anus gelé blanchi à la chaux, les royaumes souterrains, la couronne d’épines, la fumée de la crémation. Comme enterré vivant, le protagoniste s’enfonce dans un monde souterrain jonché de chambres d’exorcisme, de salles de rituel humides infestées de démons. Dans cette tombe poisseuse le feu n’a pas besoin d’oxygène, il brûle lentement tout au fond des entrailles. « Mon verdict n’est pas donné mais mon corps ne peut sortir indemne ».

Track 05 – In the House of Correction (02:35)

Le titre ne commence pas, il enfonce directement une porte blindée dans la gueule de l’auditeur, sans préliminaires. La gratte te perce la tronche, te râcle le fond des oreilles pendant que la batterie te roule dessus avec un groove industriel. La voix est plus claustro que jamais. Les variations bien marquées renforcent un sentiment de schizophrénie, t’as l’impression qu’elles viennent de l’intérieur de ton crâne. Le mur sonore s’abat comme une punition, et tu sais que c’est mérité. Le break, s’il existe, te rappelle juste que t’es coincé et le seul moment où tu respires c’est quand la dernière crash se fait défoncer.

Dans un décor noirâtre teinté d’une ambiance s/m caverneuse et dogmatique, on entre ici dans le donjon mystique de la punition où se pratique une liturgie faite de psaumes déviants récités à genou, pieds et poings liés. Le narrateur ne subit pas mais consent au supplice, se soumettant ainsi au « diktat de la dépravation ». Chaque acteur du rite a sa fonction et la respecte avec une discipline sacrée. Le chevalier noir masqué par une cagoule PVC et habillé de cuir évoque un Guts qui aurait choisi l’éclipse pour en tirer une satisfaction masochiste. Plus on avance, plus les figures se dévoilent : les Templiers, les maîtresses d’école, la justice militaire et autres figures d’autorité. Le mal est codifié, la destruction du corps est vécue comme une forme de catéchisme. L’émasculation du narrateur est pour lui un devoir, chaque mutilation est une leçon, chaque pénétration un sacrement et la douleur est la seule langue encore autorisée. « Vous portez les bleus révélateurs de vos persécutions, les marques de naissance violettes des cicatrices de votre fustigation ».

Track 06 – My Spintria to the Psychopomps (03:41)

Ce titre se distingue par sa structure plus élaborée et moins linéaire que les précédents. Dans les premières secondes, le riff est haché, chirurgical, pendant que la batterie balance des blasts bien sévères. Puis elle se calme : plus de rafale mais une tension toujours palpable qui reste tapie en toile de fond. Le break prend la forme d’un couloir étroit, oppressant, la guitare devient plus dissonante et quand le blast revient, on glisse dans une ambiance que je qualifierai de Brutal Black Metal. La dernière partie redevient rapide, des roulements dans tous les sens et des riffs plus étouffés. Voilà toute la force de SCD : complexifier sans diluer, cogner sans tourner en rond, pousser les murs sans ne jamais laisser entrer la lumière.

À la manière d’un Bukowski de la Grèce antique, le narrateur voue un culte aux prostituées jusqu’à en faire les reines de son royaume. Il traîne sa carcasse le long du Styx là où toutes les valeurs sont inversées, les martyres y sont violées et les travailleuses du sexe bénies. Un voyage vers le néant payé comptant. Le décor ? Des putes en blouse blanche et des chevaliers sans honneur. Le « héros » dilapide ses pièces sales contre une évacuation de foutre. Pas pour le plaisir, mais pour finir ce qu’il a commencé. « Les doyennes des courtisanes tamponnent ma carte de rationnement », et c’est tout. La rédemption c’est pas l’projet. Le but est plutôt de « se masturber sous des draps moisis, immolé pour le culte du démon ».

Track 07 – The Mutineers of the Phlegethon (The Suttees in the Harems of Beelzebub) (03:05)

Le riff de départ s’impose seul, tranchant à souhait. Après un blast de routine pour l’échauffement arrive enfin ce que j’attendais le plus depuis le début de l’album : ce satané Skank Beat Groovy qui m’a fait tomber dans SCD quand j’étais encore puceau, l’essence même du Brutal Death le plus Old School qui soit. Jeu de batterie carré et nerveux, riffs épais sans fioritures, chant caverneux et incantatoire, le tout puant la discipline et la précision. On n’est pas dans le chaos là, on est dans la boucherie méthodique, la mécanique de démolition.

Dans le douzième chant de « L’Enfer » de Dante, le Phlégéthon est un fleuve de sang bouillant où sont plongées les âmes des personnes violentes et sanguinaires. Il est gardé par trois centaures qui tirent à vue sur les âmes qui voudraient s’échapper. Dans ce morceau, le narrateur est coincé entre le spa infernal et la fosse à purin. Il séjourne avec des sorcières, des putains et des hérétiques escortés par le guide des âmes. Mais ils ont décidé de se révolter car ce sont les « mutins du sixième commandement dans les harems de Belzebuth ». Ce sont les éjaculés de l’évangile, ils crament dans la soupe gluante mais continuent de chanter, lèvent la tête, ricanent, pissent dans le feu et baisent sur les ruines du monde des damnés. Désormais l’enfer, c’est chez eux.

Track 08 – The Lord of the Infernal Légions (02:34)

L’introduction est sans détour, le riff s’impose et la façon dont le chant vient s’amorcer annonce une guerre imminente. On se prend un mur de son dans la face, le gros blast qui tabasse, un petit roulement puis ça repart sur un Skank syncopé plus rapide que sur le titre précédent. Se fait ensuite sentir une atmosphère pesante, un peu plus mid tempo, qui donne un groove apocalyptique écrasant tout sur son passage. La conclusion consiste en un déferlement purement Death qui t’arrache les boyaux.

Pour résumer le propos du morceau, on peut dire que c’est l’histoire de la montée en puissance d’un esclave sexuel, « piégé dans le taudis de la fille d’Hadès ». Il finit par devenir le chef d’une armée démoniaque présentée comme « la force expéditionnaire punitive de la damnation éternelle », venue donner une leçon aux dieux. À travers son sexe (l’organe, le fouet, la tige) qui devient une arme, le narrateur effectue un rituel de puissance dans le but de faire s’effondrer la hiérarchie. Grâce à un « dickslap » épique, il fait plier la « dame des morts » et la « déesse pourrie » qui détient les clés des sept portes, le Cerbère lui-même le laisse « sortir du domaine maudit ». C’est une révolution mystique, symbolique, où les damnés prennent les armes pour écraser l’ordre divin. L’enfer ne supplie plus, il attaque.

Track 09 – The Crowning Glory of Lucifer (The Chronicles of the March to Pandemonium) (03:09)

Après avoir démarré le tank, le morceau se démarque ici par un ralentissement progressif du tempo. Ce contraste avec la frénésie permanente qui dominait jusque là apporte une épaisseur supplémentaire à l’album. La voix, elle aussi, se pose différemment : alternance entre passages à débit soutenu et espaces vides contrôlés, ce qui donne davantage de répit que de coutume ainsi qu’un peu de fraîcheur et de couleur à la composition. L’atmosphère est lourde, pesante. Cela renforce un certain sentiment d’inquiétude, comme si quelque chose rodait derrière nous, à l’affût.

Dans la continuité des évènements, le narrateur continue son ascension des enfers pour arriver dans sa capitale, le Pandémonium. Cela lui permet de se rapprocher des figures les plus symboliques : Satan ou Lucifer, le chef de la rébellion dont le couronnement est ici évoqué. Belzebuth, son bras droit, souverain de l’enfer est aussi de la partie, tout comme Astaroth, grand duc et fin stratège. À travers un vocabulaire militaire, le morceau annonce le départ de la croisade noire contre Dieu. Vient ensuite la guerre sacrée : les îles des bienheureux brûlent, les saints sont transformés en charpie et les vaincus en compost. Chaque image est à la fois prophétie et profanation. Arrive enfin la défaite du Tout-Puissant, jeté dans le lac de feu (comme dans l’Apocalypse mais dans l’autre sens), la chute des archanges et l’apparition du dragon rouge. « Les déesses nues descendues du ciel s’approchent de leur seigneur avec révérence et ouvrent les portes du paradis pour la décadence de Dieu ».

John Milton a publié « Le Paradis Perdu » en 1667, John Martin en a peint les ruines dans « Le Pandemonium » en 1841, SCD en on fait la bande son en 2025 (à 10 ans près on tenait le tryptique infernal, espacé de manière parfaite).

Track 10 – The Fall of the Kingdom of Heaven (666 Cyprine Pearls Wept by the Sky) (03:00)

Une déflagration rythmique entame cette marche guerrière qui sonne comme une apothéose. La suite, c’est un enchaînement incessant de variations rythmiques démoniaques, une alternance effrénée de passages frénétiques et de segments plus lourds, presque doomesques. C’est une leçon de batterie : blasts, skanks, mid, tout y est. La symbiose du Death pur et du Brutal Death avec une grosse lampée de D-Beat survolté par dessus. Les riffs tranchent, la basse gronde et la voix dégouline. Le niveau de composition est tout simplement prodigieux, tout comme la performance qui en découle.

Toujours dans la lignée des évènements précédents, nous assistons en direct au dernier assaut de la grande guerre contre le sacré : « les chevaliers de la croix » eux-mêmes tentent de fuir. Les troupes des enfers viennent mettre à mort la virginité céleste par le viol et la destruction de la pudeur, c’est l’inverse de la purification : la corruption. Les victimes sont le butin de cette guerre où le sexe devient un protocole militaire. Les champs lexicaux de la chasse et de l’animalité sont omniprésents : « l’appel des parties de chasse sonne », « les braconniers prédateurs prenant les scalps », « se faire gifler sur les cuisses par des plumes de cygne », « les agneaux pieux non instruits dans cette corrida cosmique offrent leurs vagins athlétiques frustrés à nos goûts dissolus », etc. Les soldats sont des chasseurs en rut et les anges des proies à plumes, offertes. On sait que l’enfer a accompli son entreprise de souillure quand le narrateur dit que « leurs âmes et corps chastes offrent leurs intimités au bord de leur résurrection obscène ». La conclusion : « six cent soixante-six perles cyprine pleuraient dans le ciel ». Un bijou blasphématoire, la beauté tragique dans une flaque de déjections.

Track 11 – Bukkake Kamikazes – The Holy Gokkun (The Communion of the Princesses of Araboth) (02:37)

Ce morceau est à mon sens le plus purement Brutal Death de l’album. C’est la quintessence du style, poussée à l’extrême. On est directement plongés dans le chaos sonore le plus maîtrisé qu’il soit. Le rythme est soutenu, on enchaîne entre des passages ultra rapides et des phases plus stompy, c’est du tabassage méthodique. La voix se loge avec perfection dans la densité sonore. Les montées et descentes de riffs (comme celles à 1:07 et 1:47) font tout simplement sortir ton âme de ton corps. La composition semble être faite en miroir avec le break au milieu, comme si chaque partie se renvoyait l’une à l’autre. Le rendu se ressent comme la montée progressive d’une lame du nombril à la carotide, avec quelques endroits où il aurait fallu forcer un peu le passage.

C’est peut-être le titre le plus graphiquement dégueulasse de l’album. Un exercice de style à part entière. On assiste à un rituel de guerre dont l’épicentre est le sperme, ni plus, ni moins. On dénombre plus d’une vingtaine d’allusions à cette matière dont je vais lister les plus parlantes ici : « glaviot visqueux », « liqueurs blanches mucilagineuses », « gouttes de clair de lune », « nectar », « postillons de baisers de bite non désirés », « calice mousseux », « crachat érotique », « tirs à bout portant », « viscosité », « mucus », etc. La substance en question remplace l’eau bénite dans les processions, le vin de messe dans les calices, le sang dans les sacrifices. Le vocabulaire mêle militaire, mystique et hypersexualité, c’est le lexique d’une orgie liturgique perverse. Le viol est ritualisé, les victimes deviennent des réceptacles, des autels pour ces projections qui deviennent un outil de marquage et de domination. Une abomination liquide.

Track 12 – Son of the Beast (Baphomet’s Tomahawk) (03:55)

Comme une aiguille de 1,2 qui te traverse le septum, l’entrée est incisive et douloureuse. La suite, c’est du 2,4 qui te traverse le gland puis qui continue d’entrer et sortir pendant 4 minutes, plus ou moins violemment. On oscille entre blast de sauvage, double pédale de coureur cycliste professionnel et skank sous mélange speed/cocaïne surdosé des deux côtés. Ce qui maintient une énorme pression dans le crâne, c’est les passages lourds en mid de quelques mesures où la guitare reçoit des petits coups de scie qui la font un peu gémir. Dans le dernier tiers du morceau (2:45) on a droit à un passage lancinant qui fait remonter la pression doucement en te donnant envie de sortir dans la rue avec une feuille de boucher, puis ça finit comme ça a commencé, dans un dernier déferlement de puissance.

Ce morceau est l’autoportrait d’un serial killer rituel souhaitant s’élever au rang de fils de Bélial, à la manière d’un David Berkowitz, le dit fils de Sam. C’est un nécromancien moderne sans aucun sentiment qui se définit par ses actes de démembrement, de dissection, de nécrophilie ou encore de cannibalisme sexuel. Ses victimes favorites sont des pom-pom girls, des « madones » ou des « starlettes ». Il aime les pendre, les décapiter, violer leurs cadavres et les afficher comme ses trophées. Il se prend pour un chirurgien en jouant avec ses objets fétiches que sont le bistouri et le scalpel. Le plus important pour lui est la reconnaissance : il dit préférer « laisser des preuves médico-légales concluantes et des signaux d’alarme de mon sadisme déviant ». Il confesse : « quand mon mode opératoire obscur fait surface la poussée acide d’adrénaline inonde mes veines ». Il aime revenir sur les lieux du crime : « une visite d’adieu à mon site de sépulture ». Il ne tue pas pour fuir quelque chose mais pour laisser des traces, graver son nom dans la viande et épaissir son drap humain. Ce qu’il préfère, c’est les rushs de dopamine que lui confèrent ses actes. Chaque cadavre est une nouvelle page de son journal sacré, une page écrite avec le sang de ses victimes mélangé à sa semence.

Par ailleurs, on peut de nouveau se rendre compte à quel point les textes sont riches et diversifiés en références mystico-religieuses. Dans les deux premiers vers, on a déjà « Thanatos Nergal », un mélange entre le dieu grec de la mort et le dieu mésopotamien de la guerre, de la mort et de la maladie ; puis Panagia, la version orthodoxe de la vierge Marie. Seb t’envoie un triple uppercut symbolique en deux vers, sans sommation, sans transition.

Track 13 – The Doom of the Ishtar (The Gagged Madonna – Immaculate Bondage in Limbo) (04:55)

Pendant un peu moins d’une minute, ce dernier morceau commence par une introduction presque calme mais sûrement pas apaisée. La guitare déroule un riff poisseux, lancinant et pointu, inquiétant comme une silhouette dans un brouillard épais. Peu à peu le jeu se densifie, la rythmique s’agite, ça commence à blaster puis ça s’alourdit, ça s’épaissit. Le chant n’est pas aussi frontal que sur le reste de l’album, c’est plus incantatoire et parfaitement calé sur la tension des cordes. La dernière minute c’est l’écrasement total, plus lent et plus grave. La batterie continue à s’en prendre plein la gueule, mais elle cogne comme si elle manquait d’air, étouffée par le poids qu’elle transporte. Ce n’est pas une conclusion, c’est un ensevelissement.

Cette ultime opprobre sonore est un Snuff Movie mystique en audiodescription, une exposition pornographique, rituelle et perverse de pratiques que l’on pourrait attribuer au personnage du titre précédent. Ici, mort, torture et sexualité s’entrelacent au sein d’une scène de crime perpétuelle. Ishtar, déesse mésopotamienne ayant perdu la vie lors de sa descente aux enfers, y est crucifiée, livrée aux sévices de son bourreau. Ce dernier, le narrateur, se plaît à les décrire avec précision jouit de chaque détail : « mon gros gode pénètre chaque orifice de son pucelage », « ses sous-vêtements encastrés dans son œsophage », « la réanimer quand elle s’est évanouie », « pinces utilisées pour serrer ses mamelons avaient été coupés et placés sur son sternum », etc. Les termes utilisés sont cliniques, glaciaux et mettent en avant le culte du corps martyrisé. Le sadisme du protagoniste est à la hauteur de sa perversion et du niveau de souffrance qu’il impose à sa victime. C’est une messe noire filmée à huit clos où l’orgasme et une prophétie et le cadavre une offrande.

Sur le fil du rasoir entre le sublime et l’abject, les derniers vers achèvent l’auditeur d’un dernier coup de couteau, lent et décidé :

« Je suis le Moloch enduit de vaseline, ma bouche est fermée avec une mentonnière. Je suis le désir macabre avec un collier de chien et une laisse, le culte satanique du masochisme et du fétichisme ».

CONCLUSION

Musicalement, ce disque n’est pas juste un album, c’est la fusion ultime. Un concentré de toute la carrière de SCD : tous les styles, les grooves, les tempos et les coups de hache dans la tronche qu’ils ont alignés au fil des années sont digérés, recombinés, réinjectés. Comme le masque de Leatherface, c’est un patchwork de peaux mortes, de cheveux arrachés, de violence et de technique qui atteint ici sa forme finale. Les projets précédents étaient des cyborgs autonomes, celui-là c’est Cell qui les a tous absorbés un par un, en recrachant un peu de bile pour en garder le meilleur. Quand il te parle, c’est pas juste pour t’intimider, c’est aussi pour t’écraser la cage thoracique avec une voix qui ne vieillit pas, à croire que Seb est soit branché sur secteur, soit possédé par deux douzaines d’ombres noires. La prod est chirurgicale, aucune bavure, aucun relâchement, aucun moment où tu peux t’asseoir pour reprendre ton souffle. C’est du jus de bagarre distillé au jus de couilles et de veines pressés dans une salle d’autopsie dont les murs sont maculés de toutes sortes de fluides corporels. Une leçon donnée à l’inhumanité.

Si la musique cloue au sol, les textes, eux, creusent et plongent au fond des enfers. Ce disque est une messe inversée nourrie de références théologiques, mythologiques et ésotériques. On y croise le Christ et Belzébuth, Baal et Aphrodite, Samaël et Charon, les Templiers et les prostituées de Babylone. Le royaume des dieux grecs est confronté aux spectres du Pandémonium miltonien. Ça sent la Torah moisie, la Kabbale noire et le foutre tombé sur des manuscrit interdits. On traverse le flot infini de ces récits comme un champ de bataille mystique jonché de cadavres en charpie.
La colonne vertébrale de l’album est la thématique du rituel. Tout est cérémonie. Chaque acte sexuel, chaque supplice, chaque procession infernale obéit à un code. On y fouette, on y brûle, on y baise, mais jamais au hasard : le mal s’accomplit selon des règles. Les excrétions humaines deviennent des objets de culte. Ici le sexe n’est jamais tendre, jamais libre, il devient une mécanique sacrée, violente, ritualisée qui sert à dominer, à purifier, à punir. Les corps ne jouissent pas, ils exécutent. Il n’y a pas d’amour, pas de désir au sens romantique, juste une tension permanente entre la chair et l’abîme. Le sexe devient une façon de s’exprimer, de blesser, c’est à la fois un dogme et un exutoire.
L’anatomie est disséquée, retournée, violée. La souffrance physique et l’agonie se transforment en un chant guttural. La mort est partout mais l’ordre persiste dans une hiérarchie ancestrale, parfois contestée, parfois glorifiée. Le narrateur est parfois un rebelle mais plus souvent un fidèle, un soldat de l’enfer. Il ne croit pas au salut, il sait qu’il est damné. Il accepte, il signe, il participe et c’est là que réside la force du propos, dans cette lucidité sans morale, ce manichéisme inversé où le mal n’est pas contesté mais assumé, comme une vocation.

On n’écoute pas SCD, on s’y livre, comme une offrande.

« IL FAUT CHANGER DE MÉTHODE À CHAQUE FOIS, SINON ILS TE CHOPPENT ».

° LINE-UP :

  • Seb (Chant – depuis 1996)
  • Thomas (Guitares – depuis 2021)
  • Duff (Basse – depuis 2006)
  • Mat Trak (Batterie – depuis 2019)

° TRACKLIST :

1 – AutoSarcophagical Requiem (02:19)
2 – Naked Before the Undertakers (The Sleeping Beauty of the Bogeymen) (02:43)
3 – The Doomsday Procession (My Harrowing of Hell) (02:56)
4 – The Smoke from the Purgatorial Crematorium (feat. Julien Truchan) (02:56)
5 – In the House of Correction (02:35)
6 – My Spintria to the Psychopomps (03:41)
7 – The Mutineers of the Phlegethon (The Suttees in the Harems of Beelzebub) (03:05)
8 – The Lord of the Infernal Légions (02:34)
9 – The Crowning Glory of Lucifer (The Chronicles of the March to Pandemonium) (03:09)
10 – The Fall of the Kingdom of Heaven (666 Cyprine Pearls Wept by the Sky) (03:00)
11 – Bukkake Kamikazes – The Holy Gokkun (The Communion of the Princesses of Araboth) (02:37)
12 – Son of the Beast (Baphomet’s Tomahawk) (03:55)
13 – The Doom of the Ishtar (The Gagged Madonna – Immaculate Bondage in Limbo) (04:55)

° DISCOGRAPHIE :

Sublime Cadaveric Decomposition / Infected Pussy (Split – 1997)
Rot / Sublime Cadaveric Decomposition (Split – 1998)

  • S/T (2001)

Sublime Cadaveric Decomposition / Serum Sickness Syndrome (Split – 2002)

  • II (2003)

Slimewave Edition Two of Six (Split feat. Criple Bastards – 2006)

  • Inventory of Fixtures (2007)
  • Sheep’n’Guns (2011)
  • Raping Angels In Hell (2017)
  • The Macabre Voodoo Messiah of Masochism and Fetishism (2025)

° LIENS :

Linktr.ee : https://linktr.ee/sublimecadavericdecomposition
Youtube : https://www.youtube.com/@sublimecadavericdecomposit3937
Selfmadegod Records : https://selfmadegod.com

https://www.youtube.com/playlist?list=PLRPVLpsNWjZy8tfjJ_wmonwP_Bx6B395Q

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