Voici une entrevue proposée par VANDAL datant du 19 novembre 2024. il s’agit de DARCY à La Manufacture (St Quentin)
Darcy c’est 10 ans de roazon punk en 3 galettes épicées et arrosées de chouchen frelaté.
La tournée du cœur (au profit des Restos du Cœur) passant non loin de chez nous (St Quentin), l’occasion était trop belle de retrouver Irvin pour une entrevue des familles.
Le frontman du groupe, toujours disponible, affable et souriant, nous parle du dernier album, de convictions sociétales, mais aussi beaucoup des autres.
L’entrevue fut calée grâce à Virginie de la Manufacture (dont je vous proposerai prochainement une présentation dans le Mindgrief Journal)…
Nous sommes réunis ce soir pour soutenir les Restos du Cœur… J’imagine que cela est important pour le groupe d’être présent sur ce genre d’évènement?
C’est sur une idée de Niko des Tagada Jones. Il a pris cette initiative là après avoir vu que les Restos du Cœur galéraient un petit peu en termes de dons en 2023. Et voilà, il nous a appelés pour jouer sur cette tournée et nous, évidemment, comme on a les mêmes engagements qu’eux, on voulait joindre la parole à l’acte.
Tagada Jones, c’est déjà eux qui ont lancé le collectif Riposte Populaire pour une reprise de Porcherie des Bérus (suite aux élections européennes 2024), à laquelle vous participez?
Oui, c’est ça. Ils sont à l’initiative de deux belles choses cette année.
J’ai l’impression que vous vous suivez pas mal depuis la Tournée du Siècle (mars 2024)?
Ouai. On fait un peu la même musique, on a les mêmes engagements, on a les mêmes idées. Et puis, on est très amis. On est dans la même ville. On dit souvent que Darcy, ce sont les petits frères de Tagada Jones, et je suis un peu d’accord!
D’ailleurs, depuis « Machine de guerre », vous faites de plus en plus de chansons avec des parties à reprendre en choeur. C’est un petit peu la sauce Tagada qui coule sur vous?
C’est l’héritage Bérus! C’est ce qu’a repris un peu Tagada. Et nous on continue, parce qu’en fait on considère que cette musique-là n’a pas vocation à mourir. Des chœurs chantés, c’est quelque chose qu’on a toujours aimé. Donc, il faut que ça continue.
Depuis « Tigre », votre son évolue et semble plus travaillé (rapport au punk au son binaire). Peut-on y voir l’influence de l’arrivée de Marc (en provenance du Craftmen Club), ou un travail plus approfondi et aiguisé de Vincent (qui écrit les musiques)? Vos 10 ans du groupe? Vos différentes rencontres ou collaborations?
Y a plus de groove, plus d’énergie. Le premier album, c’est moi qui l’avais composé avec Clément. Le deuxième album, c’était un petit peu plus Vincent. Et ce troisième album, c’est un mix entre Vincent et Marco. Mais c’est plus Marco, qui a beaucoup plus mis sa patte sur celui-ci. Il a des influences un peu plus américaines de son côté. Ce qui fait qu’il a rajouté beaucoup de choses dans Darcy . La seule chose dont j’avais peur, c’était surtout qu’on reste un groupe qui stagne en terme de son. Là au moins, on évolue à chaque album. Et c’est tout ce que je demande.
« Tout est à nous » est un slogan de manifestation. D’ailleurs le titre « la solution » est maintenant scandé dans certaines manifestations. Vous vous inscrivez définitivement dans la rébellion?
La rébellion n’est pas le mot que j’utiliserais. Ce n’est pas parce qu’on gueule, qu’on est contre ce qui se passe et ce qui ne va pas bien, qu’on est forcément dans la rébellion. Aujourd’hui, j’ai même la sensation que tout le monde gueule. Il serait grand temps d’ailleurs, parce que rien ne va bien.
Donc, dire rébellion, non. Engagement, oui! S’engager pour faire quelque chose. Parce que s’engager contre, c’est quelque chose que je n’ai jamais trop compris. Si on s’engage, c’est Pour quelque chose!
Cet album appelle tout de même à se soulever. Penses-tu qu’il n’y ait plus d’autre solution? Et pour ouvrir les consciences, penses-tu que l’Art soit la seule ou dernière manière de se faire entendre ou de combattre l’injustice?
Je suis un peu perdu parce que quand on va dans la rue, quand c’est allé très loin avec les gilets jaunes, ça n’a servi à rien! Quand on a mis un bulletin dans l’urne très récemment, ça n’a servi à rien puisqu’il y a eu un déni de Démocratie totalitaire. C’est-à-dire que ça a voté pour un gouvernement de gauche, et on est avec un gouvernement de droite. Donc, qu’est-ce qui fait aujourd’hui qu’on peut se faire entendre tout là-haut? Il faut gueuler de plus en plus fort j’ai l’impression. C’est peut-être pour ça d’ailleurs que sur cet album, je suis de plus en plus énervé,
C’est la 2ème superbe pochette artwork en noir et blanc après « machine de guerre ». Ce n’est pourtant pas Bernard Marie qui l’a élaborée? Qui est-ce? Y a-t-il concertation ou directive avant le travail de l’artiste?
Même pas! On a senti le truc en fait. C’est une copine à nous qui nous a dit: « pour la pochette, j’ai une bonne sensation. Il faudrait contacter l’illustrateur breton Pierre Budet ». On est allé voir son instagram. Il dessine sur papier au crayon, au critérium ou au feutre. Il fait des trucs très engagés. On s’est dit que ça allait coller tout de suite. Je lui dis le titre « Tout est à nous ». Et il nous a fait cette proposition là. On a dit oui tout de suite.
J’ai lu qu’il était question aussi de dédicace avec le personnage central…
Disons que ça tombe bien. C’est un peu un hommage à ma mère qui est dans les manifestations depuis les années 60 à 80. On y voyait aussi un hommage à ce tableau de la Liberté guidant le peuple. C’était obligé qu’on fasse un hommage à ce tableau. Et puis aussi à ma maman et à toutes les femmes qui sont dans la rue.
Cet album à la production carrée est construit comme un roller coaster. Dès le début vous démarrez à fond (Tout est à nous, La terreur), ça cogne d’emblée et pose les bases de l’album. « Les poings en l’air » relance un looping, avant que « Tsunami » n’ouvre une série d’inversions. L’enchaînement de « rien à perdre » et « la bagarre » te fait vriller dans tous les sens. « Interlude », c’est la montée en bout de piste avant de repartir dans l’autre sens… Le dernier drop est une salve de beignes avec « plus rien à foutre ». Quand arrive « La fin », ce pur moment d’adrénaline te fait dire: c’était bon, j’y retourne!
C’est bien vu, ça me plaît. C’est un peu construit comme ça. Je n’avais pas vu cet esprit de roller coaster, mais je trouve que c’est une belle image. On ne voulait surtout pas, encore une fois, faire un album qui va juste tout droit à fond. Il faut des respirations.
On nous a dit que les les chansons les plus costaudes étaient dès le début. Je trouvais ça marrant de taper un gros punch dès le départ. C’est pour ça que Tout est à nous et La terreur, qui sont des titres très agressifs et rentre dedans, en début d’album, ça donnait bien l’image du groupe. Et ensuite, on a mis des respirations dans l’album.
Et puis, avec ce titre La fin, qui porte bien son nom, on voulait prendre un temps de pause et se dire: « réfléchis à tout ce qui s’est passé pendant 10 titres ». Et surtout, ça donne une ouverture à ce qu’on pourra peut-être faire après. C’est pas le calme avant la tempête, mais le calme après la tempête qu’on a voulu faire.
Pour cet opus, vous avez travaillé avec Fred Duquesne (Mass Hysteria) pour le mixage. Qu’a-t-il apporté à votre travail?
En fait, on n’a réenregistré avec Maz, qui avait déjà enregistré et mixé notre deuxième album. Il est très bien en studio, parce qu’il comprend où on veut en venir. Mais cette fois-ci, on a laissé le mix à Fred Duquesne, parce qu’on apprécie beaucoup son travail. Il a une patte très moderne dans sa façon de mixer le rock aujourd’hui. Et on ne s’est pas trompé puisque, à chaque fois qu’il nous envoyait un morceau, en général, ça nous allait dès la deuxième version. Des fois, quand on fait des mixs, on en arrive jusqu’à 6-7 versions. Je crois qu’il n’y a eu qu’une fois où ça allait jusqu’à 3 versions. C’est du rock en français… il sait faire, il connaît très bien. Il a bossé avec Tagada, No One, Mass Hysteria… Ça fait des années qu’il a son studio. Il sait très bien comment faire sonner du rock en français. Ça a été très évident.
No One Is Innocent, reviennent sur le devant de la scène avec une tournée et un album.
Ils reviennent pour un Adieu. Ils ont sorti un best of pour clore 30 ans de carrière. II (Kemar) est fatigué. Il dit qu’il va se casser les articulations s’il continue de sauter sur scène. Il m’a envoyé un petit message pour nous souhaiter une belle tournée.
Après une grosse tournée avec « machine de guerre » dont une partie à l’étranger (Quebec, Suisse, Belgique), aspirez-vous à vous exporter plus encore?
Nous, on est content de partir à l’étranger, tant que c’est francophone. Parce que si on fait du rock en français, c’est principalement pour se faire comprendre dans notre langue. Ça n’aurait donc pas beaucoup de sens à ce qu’on nous fasse jouer en Espagne ou en Allemagne.
Mais en tout cas, ça a été super réceptif en Belgique, et encore plus en Suisse. Vraiment, en Suisse, on a trouvé notre public. On en est ravi.
Au Québec, c’était plus l’aventure. On ne va pas se mentir. On a bien rigolé là-bas. Mais c’est plus difficile de se faire connaître au Québec. Ça reste quand même l’Amérique, donc, une autre manière de réfléchir, de penser les shows, de vivre. Mais voilà, on n’est pas fermé à l’idée de repartir dans un pays francophone, évidemment.
Vous avez un rapport très particulier avec le public. Vous êtes très ouverts et disponibles (au merch’, aux abords de la scène, en entrevue…). Il n’y a pas de barrière entre vous et ce public…
On fait de la musique pour être avec les gens. Moi, je dis toujours qu’on est quatre sur scène, mais le public, c’est le cinquième membre de Darcy.
Il n’y a pas de barrière à part les crashs, mais c’est vraiment la seule barrière. Et encore, sur toute la tournée du cœur, il y a pas de crash barrière. Mais nous, on considère qu’on est tous ensemble. Si on fait cette musique, c’est pour être ensemble. Ce n’est surtout pas pour être juste un écran de cinéma. On connaît les gens qui viennent nous voir, on les voit évoluer. Et quand je dis « la famille », je ne dis pas ça par démagogie, c’est véritable. Il y en a plein qui nous envoient des photos de leurs enfants. Sur une photo il n’y a pas longtemps, une femme avait son bébé avec les poings en l’air sur l’échographie. Quand elle nous a envoyé ça, on était morts de rire. On les connaît tous, on les voit grandir, on connaît un peu leur vie. On prend toujours un petit verre après le concert. Donc quand je dis la famille, c’est au premier degré.
Cette référence à la famille est en effet très présente chez vous. Vous collaborez souvent avec des amis (sur vos albums comme en dehors). On peut parler d’Interlude, morceau instrumental écrit par un membre des Trois Fromages (également sur Machine de guerre)…
On est proches. On vit dans la même ville. C’est des copains depuis des années. On sort ensemble, on va au bar ou au restaurant ensemble. On se connaît tous.
Eric, qui est dans Les Trois Fromages, et aussi notre booker chez Rage Tour. On s’entraide. Eric nous conseille beaucoup en ce moment, d’un point de vue technique, sur le son des guitares, sur quel ampli on va travailler, etc. Voilà, c’est une vraie famille aussi de ce point de vue-là, on n’est pas du tout des ennemis dans la musique, on est vraiment tous très copains.
Tu es co-associé d’un café-concert à Rennes, et co-gérant de la brasserie Louarn…
Quand j’étais journaliste, j’ai interviewé un mec qui était un hacker pirate d’internet. Il m’a dit: viens, on va faire une interview dans un bar. Depuis ce jour-là, il devenu mon meilleur ami. Il l’est toujours. On est allé dans un bar dont le patron est devenu pote aussi. Un jour, tous les 3 on s’est dit: venez, on va ouvrir un bar tous les trois. Mais c’est des choses qu’on dit comme ça, quand on est bourré… mais ça s’est fait! Donc, on a monté un bar, il y a trois ans maintenant, qui s’appelle L’Uzine. On a ensuite rencontré un brasseur rennais. On a branché sa bière chez nous. On la trouvait super bonne. Un jour, il a dit: j’arrête parce que c’est très difficile financièrement de tenir. Et tout le monde lui a dit: non, on l’aime trop ta bière! Vas-y, on va t’aider avec L’Uzine. Et depuis, on a repris la brasserie ensemble, on est quatre du coup, et on a lancé cette bière qui s’appelle Louarn.
… Après avoir été pigiste chez France 3 région, community manager à Rennes, tu passes donc de la fonction « communiquer » sur les autres à la fonction « nourrir » (de sons et de houblon) les autres… Tu es toujours dans le partage…
Ouai, c’est vrai. Mais c’est surtout pour ne pas être dans l’acte neutre. Pour ne pas juste être un commerçant, par exemple. C’est quelque chose qui m’aurait gêné si j’avais juste eu un bar. Juste être un endroit quelconque. L’Uzine c’est aussi un lieu de concert. C’est un lieu de vie. C’est surtout ça qui existe en premier lieu à L’Uzine: chaque soir, il y a un spectacle.
Un lecteur de cet article sur notre webzine Mindgrief Journal, s’il passe par Rennes, peut-il aller à L’Uzine se faire payer une bière?
Oui, c’est possible, évidemment.
Puisque tu aimes promouvoir et faire de la place aux autres. Peux-tu nous parler de Ravage Club (punk nordiste), de chez Rage Tour, qui est sur scène avant vous ce soir?
C’est un groupe lillois, un groupe assez jeune. C’est super intéressant ce qu’ils font. C’est super énergique. Ça castagne dès le premier morceau. Ça transpire le rock’n’roll. C’est énervé, pile ce qu’il faut, avec des voix qui peuvent être bien stridantes. Y’a un garçon/une fille qui se font des questions réponses, et ça bastonne. C’est vraiment chouette.
Nous avions évoqué, lors d’une précédente rencontre, la possibilité de refaire un clip avec Alexandre Pesle. Où en est ce projet?
Au final, ça ne s’est pas fait parce qu’on n’avait pas le scénario qui allait. J’avais une idée très précise de quoi faire avec Alexandre… Mais un jour, on le fera, parce qu’on s’entend tellement bien, et parce qu’en tournage, c’est un amour de mec qui sait exactement où il va. Il aime le côté keupon, il s’amuse beaucoup avec nous.
DARCY
15/03 – Why Not Rex @ Briouze (61)
18/04 – ON N’A PLUS 20 ANS Festival # 9 – Fontenay Le Compte (85)
19/04 – Pitdog – Lorient (56)
26/04 – L’Escale de Morteau (25)
31/05 – Couvy Rock @ Couvin (56)
05/07 – Le Lavoir Electrique @ Vouneuil Sous Biard (86)



