Organisé par Horns Of Desolation en partenariat avec l’association A QUI LE TOUR, le Winter Rising Festival s’est déroulé les 1er et 2 novembre à la Grange À Dîmes d’Ecouen au nord de Paris.
Pour attaquer la première journée, le groupe VIANDE ayant malheureusement été déprogrammé, c’est TROGNE qui a eu pour mission d’ouvrir les hostilités.
Un rôle parfaitement endossé puisque les adeptes d’occultisme éthylique ont déversé leur Doom noir caverneux presque monastique avec force et application.
Le frontman de la formation a attiré mon attention, d’abord par sa présence, sa façon d’interpréter les morceaux, mais aussi par le fait qu’il distribuait des verres d’un mystérieux breuvage fortement épicé et des shots de nectar de pirate dans le public. C’est original et ça ne peut pas mieux coller à leur concept.
Plus tard dans la soirée, lors du set d’ABYSSAL VACUUM, j’ai remarqué que le chanteur en question officiait ici à la guitare. Le groupe a délivré un Black Metal très lourd, à la fois brutal et ambiant, c’est à ce moment que je me suis dit qu’il serait intéressant d’aller poser quelques questions à celui qui répond au nom de Onbra.
Je tiens en préambule à remercier Onbra pour sa patience et son ouverture. La soirée était bien avancée et la cervoise locale faisait déjà son bel effet sur le reporter novice que je suis. Mon interlocuteur a su faire abstraction de cela pour m’offrir des réponses pertinentes et adaptées. En même temps, j’étais dans le thème de TROGNE donc il n’y avait pas de raison, mais c’était important de le souligner. Trêve de bavardages, parlons musique.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire de la musique ? Est-ce que ça a commencé avec le métal ?
Non pas du tout, c’était bien avant cela. Ce sont de vieux souvenirs de quand j’étais enfant. Je me vois encore dans la voiture avec mon père qui écoutait DIRE STRAITS. Quand j’ai entendu ce groupe, je me suis dit qu’il se passait quelque chose et que je ressentais quelque chose de fort. Il n’y a pas d’artiste dans ma famille, mais cette musique m’a donné envie de me connecter à l’art. Même si, vu l’âge, cela n’était fait que de manière naïve. C’est par la suite que j’ai découvert le métal extrême et la musique est devenue la part la plus importante de ma vie.
Tu penches plus vers le Black ou le Death ? Niveau chant tu sembles davantage aller vers le Black.
Cela dépend. Si l’on parle des goûts musicaux, je suis très éclectique. Donc autant le Black que le Death peuvent me faire ressentir des choses fortes (mais cela est également valable pour beaucoup d’autres styles). En ce qui concerne la voix, la mienne n’est pas forcément axée black. Je suis aussi très influencé par les scènes Punk, Crust, D-beat et il me semble qu’elle se rapproche un peu de cela. Quand j’ai commencé à avoir des groupes, j’ai fait pas mal de Black Metal. Encore aujourd’hui, la plupart des groupes dans lesquels je joue sont des groupes de Black, mais j’ai quand même des projets Death. Tant que je ressens une connexion émotionnelle avec la musique, alors cela en vaut la peine.
Peux-tu nous donner quelques noms d’autres formations dans lesquelles tu joues ?
VIANDE, qui est un groupe de Death Metal, que nous avons dû annuler, mais qui a pu être remplacé par TROGNE parce que c’est à peu de choses près le même line-up. Pour ce qui est du Black, BORGNE, projet auquel j’avais participé en tant que parolier et pour lequel je joue de la guitare en live. ABYSSAL VACUUM que tu as pu également voir ce soir. Il y a d’autres formations, mais Metal Archives est ton ami.
Au sujet de tes prestations scéniques, notamment avec TROGNE ce soir, que se passe-t-il quand tu joues, qu’est-ce qu’il t’arrive sur scène ?
Cela a un rapport avec la manière dont je conçois l’acte de musique en tant que tel. Pour moi, tout acte artistique est une démarche spirituelle, quelle qu’elle soit. Les deux sont intrinsèquement reliés. Pour ma part, pour n’importe quel concert, il se passe quelque chose où je me déconnecte de la réalité. Je vois et j’entends des choses qui ne sont pas de ce plan. Je me considère à ce moment comme un vecteur par lequel quelque chose passe et pénètre notre plan.
On pourrait penser que tu entres dans une sorte de possession quand on t’observe sur scène. Pourrais tu décrire ce que tu ressens ?
Dans ma tête il se passe des choses que je ne suis pas totalement capable de définir. J’entends et vois des choses qui sont seules à me driver, qui ne sont pas forcément perceptibles ou compréhensibles au premier abord et qui sont surtout très intimes. Elles correspondent à ma manière de vivre un instant qui est inscrit et chaque live amène des choses différentes. Chaque projet dans lequel je joue doit avoir cela, car si je ne le vis pas, le live ou même le projet en lui-même en perdent leur sens. Le mot « possession » me dérange un peu parce qu’il est relié à plein de choses et de préconceptions, mais il y a quand même un côté où je ne suis pas maître de tout ce qu’il se passe. Une forme de transe. Après coup, j’ai des bribes de lucidité, de souvenirs, mais pas une remémoration complète.
Tu préfères chanter ou jouer de la guitare ?
À la base j’ai fait de la guitare dans quasiment tous les projets jusqu’à ce jour. Même si j’ai aussi fait un petit peu de basse, on reste à peu près sur la même approche. Pour TROGNE, je suis un peu arrivé au chant par la force des choses. Le groupe a été créé dans une certaine urgence et nous devions trouver un chanteur. J’avais toujours fait des backings sur les autres projets et j’avais bien envie de me mettre un défi, car c’était une tout autre expérience.
Du coup cette sorte de transe que l’on abordait juste avant, c’est la même au chant et à la guitare ?
C’est la même chose. Il y a juste le médium qui n’est pas le même. À la voix tu as une composante intéressante : le texte. Pouvoir se reconnecter à des textes que j’ai écrits, basés sur des choses personnelles, ça a une dimension liée à l’affect, au vécu et aux croyances. C’est similaire avec l’instrument, mais le verbe a un certain pouvoir dans le concret. Un certain mot existe et résonne en tant que tel. Il peut être entendu, compris, interprété. Quand tu fais une ligne de guitare, les gens vont davantage s’en imprégner que l’interpréter. Cela touche plus à l’atmosphère. Dans l’absolu, je vois mes lignes de guitare/basse comme j’écris mes textes, mais le moyen de délivrer et l’écho engendré est différent.
Peux tu me parler du dernier morceau que vous avez joué pendant le set de TROGNE ? Il était beaucoup plus bestial, rapide et violent que les autres, quelque chose me dit que ce n’est pas pour rien.
Il y a plusieurs raisons à cela. D’une part, avant même la création officielle du projet, on souhaitait tenter quelque chose où nous pouvions être totalement libres. Mettre du D-Beat, du Black, du Doom, des éléments Ambiant (etc.) dans un même morceau. Le set que nous avons joué n’est constitué que d’un seul titre dans lequel tu peux y découper des chapitres. La partie de fin annonce donc cette perte de contrôle face à l’intoxication. Le dernier morceau contient également un indice quant à ce qui est prévu pour la suite de TROGNE, mais ça les gens le découvrirons en temps et en heure.
Après votre set, quand je t’ai vu entrer sur scène avec ABYSSAL VACUUM je m’attendais à ce que tu sois ivre, mais pas du tout. Comment est-ce que tu gères le fait de boire et d’assurer le show ?
C’est un peu la chose que tu nourris. Avec TROGNE, on alimente cette question de l’éthylisme, de boire l’alcool comme un moyen d’ouvrir des portes cognitives alors que dans ABYSSAL le dialogue est modifié, on a une thématique autour des cavernes, de la recherche dans l’obscurité… Le paradigme n’est pas le même. Le principe, lorsque l’on boit pendant le concert de TROGNE, est de nourrir l’entité à laquelle on veut donner vie. Tu as cet instant T dans lequel tu dois donner corps et vie à quelque chose qui te prend et ce qu’il se passe avant et après est assez futile.
Tu as appris à gérer ça ?
Non, je ne le gère pas. Je suis pris par cette chose et il y a une interconnexion qui est très importante.
Regarder et écouter les deux concerts m’a transporté ailleurs.
C’est ce qui est intéressant avec l’art et dans la manière de l’approcher. La manière dont tu le vis, le crées et l’amènes dans ce plan, si les personnes vont être réceptives ou non, et cela en fonction de plein de facteurs différents. Après, que les gens le prennent ou non, l’aiment ou non, fondamentalement je m’en moque. Ce n’est pas ce qui est important. Tu dois amener ce qui brûle en toi et, si tu arrives à matérialiser ce feu, alors c’est là que les choses sont intéressantes.
Et bien sache que ce feu, ce soir tu en as fait de la lave et merci à toi.
Merci à toi pour tes questions.
CONCLUSION
C’est ainsi que cette entrevue à la fois musicale, philosophique et spirituelle prend fin. Cette approche très personnelle et dévouée fait à mon sens de Onbra un artiste spécial, profondément impliqué et dévoué. Il me tarde de découvrir la suite des aventures de TROGNE étant donné la puissance décuplée lors de la fin du live.
Souhaitons le meilleur à Onbra ainsi qu’à tous les projets auxquels il participe et soutenons les.



